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Ce matin en sortant faire quelques courses au Delhaize du boulevard Anspach, j’ai remarqué à deux reprises que l’on trouve ici en pleine ville des pigeons ramiers, et non seulement des bisets. Quelqu’un avait déposé dans la rue un gros sac de livres dans lequel j’avais la flemme de fouiller, malgré l’attrait de la chose, et je décidai d’attendre de voir ce qu’il en resterait le soir. A midi nous déjeunâmes à Fritland, près de la Bourse, d’une carbonade exquise mais si abondante, que je sacrifiai quelques frites aux pigeons qui venaient mendier, entre autres un biset de belle allure, marron et blanc. L’après-midi nous passâmes trois heures à visiter le très riche Musée royal d’art ancien. Il est bizarrement rebaptisé Musée Old Masters, serait-ce parce que cette appellation anglaise évite de choisir entre le français et le néerlandais? Comme souvent dans ces cas on trouve de grands maîtres mais pas toujours dans leurs meilleures oeuvres, et les oeuvres superbes d’artistes moins connus. Il y a beaucoup de Rubens, qui m’ennuient. Parmi les classiques bienvenus, j’ai aimé voir en particulier Le banquier et sa femme de Quentin Metsys, les Quatre études de la tête d’un Maure par Rubens, La tentation de saint Antoine de Bosch, et bien sûr les Brueghel auxquels une salle est consacrée (de l’Ancien : La chute d’Icare, dont j’avais fait un puzzle quand j’avais vingt ans, les scènes hivernales du Dénombrement de Bethléhem, le très boschien Combat de Carnaval et Carême). En me renseignant plus tard j’ai appris que la famille Brueghel a non seulement comporté une dynastie de peintres bien plus vaste que je n’imaginais, mais qu’en outre les Teniers en étaient parents. Il y avait de très belles natures mortes d’inconnus (de moi) du XVIIe siècle, de très lumineuses scènes de genre d’anonymes du XVe. Parmi les surprises, la meilleure à mes yeux fut une splendide vue de Bruxelles, quasi aérienne, étonnante de méticulosité, d’un certain Jan Baptist Bonnecroy. Ce spectacle à lui seul aurait justifié le prix de l’entrée (je trouve en ligne une repro de qualité moyenne, qui ne rend pas la forte impression ressentie sur place). Nous rentrâmes épuisés, via le quartier du Sablon. Les livres abandonnés dans notre rue étaient restés quasi intacts, certains mouillés par la pluie. Pour ne pas me charger, j’en piquai un seul, Octobre rouge, d’un certain Victor Alexandrov. C’est un documentaire sur la révolution de 1917, de format carré, relié de toile, paru en 1967. Je ne sais ce que vaut le texte, mais le livre est plein de vieilles photos intéressantes, la plupart provenant de collections particulières. Les dames ont préparé un excellent repas, avec notamment de petits croissants fourrés au saumon.