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De passage à La Croix le week-end dernier, je me disais une fois de plus qu’il y a dans chaque cour de ferme un élément décisif, qui manque à mon jardin pour lui donner un air vraiment rural : le tas de pierres informe, celui sur lequel on jette la nouvelle pierre que l’on a trouvée, et où l’on va puiser en cas de besoin. Mais j’ai beau méditer la question, je ne vois pas d’endroit où l’installation d’une telle carrière ne poserait pas de problème, esthétique ou pratique. Alors je m’en passe.

Au marché d’Aulnay, je me suis procuré le magazine gratuit The Deux-Sèvres Monthly, dont le titre m’enchante. Ce copieux mensuel de 52 pages colorées réunit des articles et des annonces, à l’intention de la colonie anglophone. Il fait plaisir à feuilleter, pour le bon goût et l’ordre soigneux de sa mise en pages, tels qu’on en trouve rarement chez ses équivalents indigènes. Et s’il en est déjà au n° 74, c’est une affaire qui marche.

On voit en bord de route, à la sortie d’un village du canton, un panneau en haut duquel est annoncé en grosses lettres « VILLENEUVE LA COMTESSE vous informe : », cependant que tout le reste du tableau est vide. J’aime beaucoup cette impression apaisante d’un endroit où il ne se passe rien.

Il y a un paradoxe esthétique des vieux murs campagnards, murs de maison ou murets d’enceinte, dont il faudrait maintenir l’enduit protecteur, mais dont la décrépitude laisse apparaître les beaux alignements de moellons, que l’on ne devrait pas voir et qui font plaisir à voir.

Bien des années après la première, j’ai refait une tentative de lire les Paludes de Gide, mais j’en suis toujours incapable. Cette petite oeuvre soigneusement dérisoire me rebute décidément. On dit qu’elle plaisait à Barthes et je veux bien le croire.

Il y aurait de quoi entretenir un petit commerce viable en revendant toute la marchandise (stylos, carnets, lunettes, briquets, etc) égarée par les étudiants dans tous les coins et recoins de l’université, pelouses comprises.

Jeudi soir, par exception, j’ai accompli un geste social : on m’avait invité à un vernissage en ville et je m’y suis rendu. Après quoi je suis rentré à pied du cours Victor Hugo aux Chartrons, via Saint-Pierre et les quais. Cette rare occasion de parcourir le centre-ville m'a permis de constater que le processus de terrassisation du monde s’est encore amplifié. L’espace public n’est plus qu’une immense, une interminable terrasse de café, en tout cas à Bordeaux et à cette heure-là. Je ne vois rien d’idéal dans cet état de chose.

Autre défi, hier vendredi, je suis allé passer la journée en Dordogne. Réveillé à 6 heures, dans le tram à 6 h 30, à Pessac vers 7 heures pour prendre ma voiture et la route avec. Je comptais musarder en chemin, et finalement j’ai seulement pris de l’essence à la sortie de Bordeaux, et me suis ravitaillé dans un vaste Leclerc au large de Sainte-Foy. J’étais au bois de Cunèges vers 10 heures et je me suis battu contre la nature jusqu’après 17 h 30. Ce fut du bon temps. Je ne m’éloignais jamais plus d’une heure du grand feu que je relançais à chaque fois, près du cabanon qui tient encore debout. Et je tenais moi-même debout, ce qui n’est pas rien.