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Sur la plage de Cassy, vendredi dernier, parmi les livres offerts dans une boîte, j’ai pris le Coeur pensif, de Jean de La Varende, pour approcher un peu cet écrivain dont je ne connaissais guère que le nom, et pour le plaisir de m’approprier ce petit volume à l’air désuet, relié de toile, un rien kitsch, fleurant les années soixante, mes préférées (paru au Cercle du Bibliophile en 1964). Il y a au début, sur une vingtaine de pages, une fausse interview de l’auteur, fabriquée de propos glanés, et illustrée de photos où je découvrais ses traits, son air rustaud de vieux hobereau «aux mains calleuses». Sur plusieurs il montre des maquettes de bateau, qui étaient paraît-il sa passion. J’essaierai de le lire.

Et le lendemain, dans une brocante de la société Saint Vincent de Paul, où l’on vendait les livres au prix irrésistible d’un euro les cinq, j’en ai acheté quinze : deux albums (un sur Van Dongen et les Fauves, et un sur La vie secrète des bêtes dans les déserts), deux moyens formats (une belle réédition illustrée, reliée toile, du Boréal de Paul-Emile Victor, et le sixième volume des Français sous l’Occupation), puis onze formats de poche : une biographie de Brassens, un Bob Morane (Le masque de jade), Paludes, le Voyage d’une Parisienne à Lhassa, Quoi? L’éternité et le volume d’entretiens de Yourcenar avec Matthieu Galey (Les yeux ouverts), Sky my husband!, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, Les infortunes de la vertu, suivies d’Historiettes, contes et fabliaux, L’échappée belle, et les Confessions d’un babyboomer.

J’ai d’abord commencé à lire L’échappée belle, d’Anna Gavalda. Ce sont de plaisantes historiettes familiales de la petite bourgeoisie, bien tournées, mais cet habile babil m’a lassé au bout d’une dizaine de pages, quand l’auteur soudain passe de la satire légère au catéchisme antiraciste lourdaud. Le charme était rompu, et j’en suis resté là.

Quand on traverse la rue Ferrère, à l’Entrepôt Laîné, si l’on regarde vers le Jardin Public, on voit en plein dans l’axe un Pin parasol monumental, qui a belle allure.

Il y a eu dans Bordeaux, dimanche, une manifestation spécialement destinée à protester contre un meeting du Front National, qui se tenait dans les faubourgs de la ville. Attaché au pluralisme de la vie politique, je n’arrive pas à trouver normal ce genre de démonstration, menée paraît-il à grand renfort de tambours et de pétards, et encore faut-il s’estimer heureux que l’on ait échappé en partie aux ravages qui étaient à craindre. Force est de constater, une fois de plus, que l’ennemi le plus acharné de la liberté d’opinion, et donc de la démocratie, dans la France d’aujourd’hui, c’est l’extrême gauche.

Ce mardi soir, prenant l’air à mon vélux préféré, j’ai vu voler mes premières chauves-souris de l’année, au-dessus des toits de Bordeaux.

J’ai lu le mince volume Sky my husband! Ciel mon mari! (en poche au Seuil) dans lequel un certain Jean-Loup Chiflet a réuni des expressions françaises, dans l’ordre alphabétique du mot principal, en leur adjoignant ce que serait leur traduction en anglais mot à mot, et ce qu’est leur équivalent dans l’usage réel (C’est vachement chouette / It is cowly owl / It is very nice). J’ai trouvé cela assez drôle, car je m’amuse moi-même volontiers à créer de fausses tournures par traduction au mot à mot, mais j’avoue qu’une telle accumulation dans un livre entier, même bref, est un peu lassante, d’autant que l’auteur parfois exagère en choisissant une option délibérément absurde (par exemple Se tuer à la tâche / To kill oneself at the spot, comme si tâche était la même chose que tache sans accent).

Un charme, une étrangeté en tout cas, de la sculpture de Plensa installée à la Comédie, représentant une tête de femme doucement aplatie et comme en biais, est que c’est un visage auquel on ne peut faire face.