Houellebecq

Je me demande si, au lieu de diffuser mes notes brèves au fil des jours, je ne ferais pas mieux de les conserver pour les publier ensemble en fin de semaine. Cela confirmerait ma vocation d’écrivain du dimanche. A moins que je ne choisisse le vendredi, ou le samedi.

La solitude et l’anxiété réveillent en moi la sauvagerie : par moments je bois de la soupe industrielle à même la casserole, debout devant l’évier.

Guerre, attentats, discorde, rien ne va plus dans le monde. Le service après-vente de Dieu est débordé.

J’ai lu dans le tram un recueil de poèmes de Michel Houellebecq, Configuration du dernier rivage (Flammarion, 2013). Malgré ma sympathie pour l’auteur, ils ne m’ont pas paru formidables, mais il faut dire qu’ils ne font rien pour donner cette impression. Il y a au contraire dans leur ton profane, dans leur mètre incertain, dans leur tenue négligée, un parti pris de dérision. J’en citerai quand même trois alexandrins parfaits, qui m’amusent par leur ton lugubre : un au passé, «Je tenais des propos concernant les teckels», un au présent, «J’ai pour seul compagnon un compteur électrique», et un au futur, quand l’auteur part en voyage vers des cieux exotiques, «Je verrai les natifs me fixer, pleins de haine». J’ai bien aimé aussi ce distique peu romantique : «… J’ai même visité la nature / Et je l’ai trouvée mal rangée.»

Autant les «violences faites aux femmes» sont de plus en plus souvent et bruyamment dénoncées, autant les enquêtes sociologiques sur le profil des auteurs de ces violences sont inexistantes, ou discrètes. On frappe. Qui c’est? C’est les hommes (comme par hasard). Oui, mais lesquels? Hum.

Ces graffiti stupides, qui salopent les murs, sont un attentat permanent contre le bon goût. Ce crime devrait être puni de prison ferme, assortie si possible de châtiments corporels et de travaux forcés.

Si je n’avais la flemme de rédiger les statuts, je fonderais volontiers le Mouvement pour un Anticommunisme Méditatif.

Un des pires spectacles, auxquels j’assiste régulièrement, est celui des pauvres gens qui gaspillent leur argent à des jeux de grille. Je les vois par exemple à la Coop de Villeneuve. Ou dans les Tabac-Journaux. Le comble a été l’autre jour cette jeune mère, qui enseignait à son lardon la façon de procéder. Soyez radins, voudrais-je leur dire, c’est votre seul salut. Mais à quoi bon… La pauvreté matérielle et la spirituelle s’engendrent l’une l’autre, comme l’oeuf et la poule, et cela sans fin.

Un thème possible : A la tombée du jour, au fin fond de vos bois paisibles, vous vous attardez à couper quelques dernières branches, quand soudain le halètement d’un chien vous arrive droit dessus.

Quand je vois tous ces jeunes gens, et ces moins jeunes, muettement absorbés dans la contemplation de leur très petit écran, je me dis que ces nouveaux appareils ont la vertu de contribuer à l’insonorisation du monde, ce qui est appréciable, si je ne me trompe.

Jeudi soir à la nuit tombée, je prenais l’air à un vélux tourné vers le Sud, d’où me parvenaient les échos de la foire installée place des Quinconces, sonore mais invisible depuis mon poste. Alors est arrivé de loin un vol de grues, formant un arc irrégulier, lançant les cris que l’on connaît. Eclairés d’en dessous par les lumières de la foire, les oiseaux paraissaient argentés sur le ciel bleu foncé. Cette vision inattendue n’a duré que quelques instants, le temps que le vol passe et disparaisse derrière le toit, en direction du Nord.

Fête Debord Eve.