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Le Que sais-je Vocabulaire du christianisme, de Michel Feuillet, m’a beaucoup plu, par la précision et la concision des définitions, par le large éventail des entrées, par le choix judicieux des exemples, par le système des renvois. Il a rafraîchi mes connaissances, qui en avaient grand besoin, et m’en a apporté de nouvelles, que je ne retiendrai peut-être pas, mais je me promets de garder à portée cet excellent petit instrument. J’étais étonné d’y apprendre, par exemple, qu’une image aussi familière que celle de l’Ane et du Boeuf de la Crèche ne se trouve pas dans les textes canoniques, mais dans un évangile apocryphe.

A propos d’iconographie chrétienne, je lisais l’autre jour sur le net les protestations d’un mécontent, qui voyait de l’ethnocentrisme dans le fait que les vilains artistes chrétiens aient souvent représenté le Christ sous des traits qui n’étaient pas ceux d’un Arabe. Le censeur furieux se mélangeait un peu les pinceaux, car à vrai dire Jésus vivait à l’époque heureuse où les Arabes se contentaient encore d’habiter l’Arabie, loin de la Terre Sainte. Il y a d’ailleurs quelque chronocentrisme, à croire que l’on avait jadis une idée aussi nette qu’aujourd’hui du type ethnique des pays lointains. Et puis il ne faut pas exagérer, on n’a pas non plus vu beaucoup de portraits d’un Jésus blond avec les cheveux en brosse. Et de toute façon, quelle importance? Pour ma part je considère comme un charme de l’imagerie chrétienne, cette liberté d’interprétation, par laquelle on a pu représenter par exemple des scènes bibliques, dans des paysages ou des décors très évidemment européens. Le portrait d’ailleurs importe moins que les attributs, dans la représentation de ces personnages antiques dont on ignore à tout jamais les traits réels. Il faut aussi remarquer que la religiosité européenne n’était pas bien ennemie de l’Etranger, pour adopter un dieu venu d’Orient, alors qu’elle en avait déjà une tripotée sur place. Mais surtout c’est se méprendre, que de croire que la parole de Jésus est une affaire de clocher, si j’ose dire. On pourrait tout aussi bien le dépeindre sous les traits d’un Eskimo, que cela ne changerait rien au sens de son message. Même si le pays des Eskimos n’est pas le mieux servi en matériaux, pour donner le bois d’une croix.