154px_Escut_de_CubellesEn faisant du rangement, je retrouve un des «dix livres curieux», appartenant à la Bibliothèque ibérique de l’Université, que j’avais présentés au public en décembre 2004. Il s’agit du Cubellas y sus gentes, d’un certain Lionello Petri. Quatre ans plus tôt, en décembre 2000, j’avais rédigé sur ce mince ouvrage, dans ma Lettre documentaire 340, une courte note, que j’ai ensuite négligé de reprendre dans la version pdf de mes journaux, sans doute parce que j’avais jugé inutile d’attirer l’attention de mes rares lecteurs sur un petit livre aussi introuvable, au sujet si limité. Je le regrette aujourd’hui et je reproduis ici cette note : «Etrange et charmante brochure que ce Cubellas y sus gentes, sous-titré en catalan Cubelles i la seva gent (Barcelone, 1993, 67 pages). Lionello Petri, traducteur italien né au Maroc, y évoque une vingtaine de «gens» du petit village catalan où il est installé depuis quelques années. La plupart des portraits comprennent un entretien, et une photo de la personne, parfois en compagnie de l’auteur. Ainsi défilent, après deux illustres ancêtres, un jardinier, un journaliste, une coiffeuse, etc, sans égard particulier pour la hiérarchie sociale, puisqu’on n’y trouve par exemple ni le maire, ni le curé.» Des années après, je reste sous le charme de cet opuscule enthousiaste et soigneux, plein de la sympathie de son concepteur pour une bourgade dont il n’était pas originaire, mais un habitant tardif, arrivé là seulement en 1986, à quelque cinquante-quatre ans, soit sept ans seulement avant la publication, date à laquelle il devenait sexagénaire. La vie est ainsi faite que c’est parfois un étranger, qui plus est un cosmopolite, en l’occurrence d’origine italo-anglo-espagnole, qui rend si bien hommage à la vie locale. J’aime beaucoup l’éclectisme sans façons du choix des personnages présentés, et des sujets abordés. Il n’y manque pas une page consacrée à la localité française homonyme, Cubelles en Haute-Loire, que l’auteur a visitée en compagnie de son épouse anglaise. Un trait qui m’amuse est la disposition pompeuse par laquelle cette modeste livrette est dotée de pas moins de quatre pièces liminaires (Notice sur l’auteur, Préface, Eclaircissement de l’auteur, et Introduction), pièces données comme la page de titre en version bilingue catalan-espagnol, alors que le reste de l’ouvrage n’est écrit qu’en espagnol. En relisant attentivement ces pages, j’apprends ou je me rappelle que Cubelles est située sur la rive de la Méditerranée, à mi-chemin entre Barcelone et Tarragone. Elle se trouve à côté d’une autre localité côtière, Villanueva y Geltrú (en catalan Vilanova i la Geltru) et celle-ci en est si proche qu’elle s’est appelée jadis Villanueva de Cubelles. Je songe à présent que je suis probablement passé là, lors d’un voyage en auto-stop avec mon copain Bernard, dans l’Antiquité, c’est à dire dans la première moitié des années 70. Après avoir gagné Barcelone, nous avions longé la côte catalane jusqu’à l’embouchure de l’Ebre. Je crois me souvenir que Villanueva fut le village où nous dormîmes sur le sable de la plage, comme des hippies, le ventre à peu près vide car tous les magasins étaient fermés pour cause de Semaine sainte, et nous n’avions trouvé à manger qu’une sorte d’oeuf bizarrement cuit, au goût anisé vaguement écoeurant. En voulant maintenant me renseigner sur l’auteur, je vois qu’il est difficile d’obtenir sur lui des informations en ligne, d’abord parce que lui-même ne semble guère avoir été actif sur le net, ensuite parce qu’il souffre d’avoir eu un homonyme célèbre, Lionello Petri ayant aussi été le nom d’un grand botaniste italien (1875-1946). Je m’y suis repris en ajoutant son deuxième nom de famille, qu’il signale une fois : Lionello Petri García. Je découvre ainsi son avis de décès. Lionelli Petri, né en 1932, est mort en 2015, à 83 ans. Il ne semble pas avoir laissé beaucoup de traces, sinon cette monographie sur Cubelles, qui mérite de rester dans le souvenir.