Je ne suis pas bien content de ma note de l’autre jour sur Mario Payeras, où j’évoquais surtout les aspects négatifs d’un livre, qui pourtant m’a bien plu à certains égards. L’ayant laissé dans mon ermitage, je ne l’ai plus sous les yeux, pour en parler précisément. En y repensant je me souviens d’un passage où l’auteur décrit les rigueurs du climat selon les saisons. Tantôt celle où les hommes sont assaillis jour et nuit de petits moustiques qu’ils passent leur temps à écraser sur leur peau couverte de sang, dont ils ne songent à se protéger sous des draps à cause de la chaleur, et dont certains leur entrent même dans la bouche quand ils mangent. Tantôt celle où les pluies submergent les gués, et il faut traverser les rivières sur la pointe des pieds, avec de l’eau jusqu’au cou et le chargement sur la nuque. Il y a aussi un moment où les combattants reviennent après plusieurs mois à une de leurs caches, où les livres qu’ils y avaient déposés ont pourri entre temps, à l’exception de trois d’entre eux : L’an I de la révolution (probablement de Victor Serge), Cent ans de solitude (dont le style a sans doute influencé le conteur) et El país de las sombras largas (après enquête, je pense qu’il doit s’agir du best seller du romancier suisse Hans Ruesch, par ailleurs pilote automobile, ouvrage d’abord paru en 1950 sous le titre Top of the world, puis intitulé en italien Paese dalle ombre lunghe et en français Igloos dans la nuit, alors qu’Au pays des longues ombres aurait été tout aussi bien. On imagine l’impression que pouvait produire cette histoire de banquise sur les lecteurs perdus au fin fond des jungles guatémaltèques).