10418234_700727583295632_7918196994223943448_n

Bizarrement je me suis laissé captiver par un livre communiste, que je ne serais pas allé chercher, mais sur lequel je suis tombé par hasard, Los días de la selva (les jours de la forêt) de Mario Payeras (1940-1995). J’ai lu dans une réédition de 1982 (Managua, éditions Nueva Nicaragua) ce livre d’abord paru l’année précédente à Cuba, et qui raconte en huit récits la préparation et les débuts d’une guerre de guérilla dans la région du Quiché, au Guatemala, dans les années 1972-76. L’idéologie guévariste de l’auteur, lui-même guatémaltèque, n’avait rien pour m’attirer. Sa conception du monde est très manichéenne : pour lui la population du Guatemala, et probablement celle du monde entier, est divisée en deux, d’un côté les vilains riches, de l’autre les gentils pauvres, et la société n’ira bien que quand les gentils pauvres auront enfin exterminé tous les vilains riches (ce thème revient trois fois, p 59, 90, 114). On voit aussi apparaître d’autres superstitions collectivistes, comme la phobie de la propriété privée, ou la croyance que l’histoire n’est faite que par les masses populaires et non par des individus hors du commun (alors que l’histoire même du communisme fourmille d’exemples du contraire). On croit sentir dans les premiers moments la distance d’une certaine auto-dérision, tant on ne cache pas ce qu’il peut y avoir d’amateurisme et de naïveté dans l’arrivée très artificielle des militants marxistes venus du monde urbain dans cet univers de jungle des confins, où ils sont accueillis fraichement par les habitants qui pour la plupart manifestent au mieux de l’indifférence, quand ce n’est de l’hostilité ou de la peur. Ces supposés opprimés-exploités sont en fait de petits colons venus s’établir plus ou moins illégalement dans des parcelles de forêt reculée qu’ils défrichent, et où ils vivent certes pauvrement mais paisiblement. Les apprentis guérilléros mènent d’abord l’existence de misérables parasites, puis prennent de l’assurance et s’attirent des sympathies dans la population en rendant des services. Ils passent enfin à l’action, c’est à dire à quelques destructions et assassinats, déclenchant une féroce répression policière, dont toute la paysannerie du coin va déguster. Le passage le plus sordide, l'épisode le plus contestable est le moment où les révolutionnaires se voient "obligés à fusiller" un de leurs camarades, avec qui ils ne s'entendent pas, mais qu'ils ne veulent pas laisser partir, de peur qu'il les trahisse. S’il ne m’a pas convaincu par ses recettes de lutte contre la misère, le livre présente à l’évidence des qualités de narration, un ton juste, ni trop lent ni trop succinct, de belles descriptions des joies et des difficultés de la survie des premiers temps dans des conditions extrêmes, d’intéressants portraits d’hommes. J’ai lu ailleurs que l’auteur ensuite a rompu avec la violence politique et s’est rangé à des conceptions plus raisonnables, avant sa disparition précoce au Mexique. Il évoque deux ou trois fois le charme du tamborillo, un arbre qui fait des fleurs jaunes en février, comme le mimosa, que je n'ai pas su identifier, mais peu importe.