Samedi dernier nous avions acheté des huîtres, et en les préparant j'ai vu que parmi elles s'étaient égarées une dizaine de moules, trop petites et trop peu nombreuses pour qu'il soit intéressant de les cuisiner. Comme je répugnais à l'idée de jeter ces animaux à la poubelle, et comme nous étions à moins d'un kilomètre du rivage, j'ai pensé que je pourrais prendre un moment pour aller les remettre à la mer, où elles seraient mieux à leur place. Ce fut un bon moment : ciel gris, plage déserte. La marée avait commencé de redescendre, mais l'eau était encore assez près pour que je n'aie pas beaucoup à marcher sur le sable mouillé. Sur l'eau de la baie stationnait une grande armée de bernaches, au cancanement sonore. En lançant ma poignée de moules, j'ai repensé à un vers de Cecilia Meireles, dans son troisième Nocturne de Hollande, où parmi une suite d'images figurant le mouvement continuel de la vie, elle évoque des escargots marins qui «roulaient dans le lent tourbillon des vagues». J'imaginai les moules tournoyant de même dans les flots, parmi les grains de sable en suspension. Dieu sait ce qu'elles deviendront.