UnknownUn ancien architecte en chef de la ville de Bordeaux, Jacques d'Welles (1883-1970), aujourd’hui bien oublié de la mémoire médiatique (la mémé), a écrit quelques livres, dont une évocation de Monsieur le marquis de Tourny, intendant de Guyenne à Bordeaux, et son époque, 1743-1757 (Imprimerie Bière, 1963), que j’étais curieux de lire. Comme la seule bibliothèque universitaire du pays à en posséder un exemplaire était celle de Nantes, j’ai demandé à celle de Bordeaux si elle pourrait envisager d’en acquérir un autre, et elle a bien voulu accepter ma suggestion. J’ai donc pris connaissance de ce mince volume, qui n'est pas un ouvrage de recherche historique, mais de vulgarisation élégante, peu critique mais bien renseignée. Il est plutôt bref, à peine une centaine de pages de texte, comparé aux plus de mille pages de l’une de ses sources, le Tourny que Michel L’Héritier avait publié en 1920. L’intendant Tourny était normand, d'une famille prospère, semble-t-il arrivée à la noblesse par l'argent, ce qui n'est pas forcément sans mérite. Ce gestionnaire énergique n’a passé que quatorze ans à Bordeaux, mais a transformé la ville et l’a ouverte vers l’extérieur en abattant les vieilles murailles devenues inutiles, qui l’enserraient. On lui doit entre autres la belle esplanade portant son nom (les allées de Tourny), qui de son temps n’était bordée de maisons que d’un côté, j'aurais aimé voir ça, et la création du Jardin public. Finalement ce sont des détails secondaires qui m'ont le plus touché dans ce livre, concernant par exemple l'excellence de la formation de l'intendant et son habileté d'administrateur, ou encore sa postérité sans grand éclat par rapport au sien. Son unique fille alla se perdre dans un couvent où elle mourut avant lui. Des trois fils l'aîné, lui succédant à Bordeaux, était un dévôt qui mourut la même année que son père, des mauvais traitements que lui-même s'infligeait. Un autre, abbé de cour immoral, fut embastillé. Le troisième s'en tira mieux, maréchal sans enfant, préférant la vie pastorale aux champs de bataille. Je trouve à ce livre un parfum léger des années 60, peut-être à cause du ton enjoué de l’auteur, ou de la sage typographie de la couverture, imprimée en rouge et noir sur fond blanc.