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A défaut de vraiment l’étudier, j’observe du coin de l'oeil mon penchant cyclothymique, sans espoir d’y changer grand chose. Tantôt l'euphorie, puis les gémissements. Ainsi hier j’ai passé une bonne partie de la journée à accomplir une tâche à laquelle je songeais depuis longtemps, en adressant une publicité pour mon blog à une série de personnes, dont j’avais collecté les e-mails pendant l’année, et à mesure que j’avançais dans la besogne, j’étais de plus en plus convaincu de l’inutilité de mes efforts. Dans la soirée, comme j’étais passablement déprimé, je tombai par hasard, en feuilletant Facebook, sur la photo de belles oeuvres d’art dont la forme, les couleurs notamment, me faisaient penser à celles d’un sculpteur hérétique de ma connaissance, dont j’admire les oeuvres, et dont je regrette d’autant plus qu’il se soit montré si avare de chaleur, lors de nos rares contacts. Malgré quoi je lui transmis la photo, mais un moment après il me répondit, affirmant que Yes, nice, m’indiquant que lui-même retransmettait l’image, et me remerciant. Cette amabilité improbable m’apportait soudain un tel réconfort, que je me dis que j’avais en effet grand besoin d’aide. Après quoi je cherchai refuge dans les bras de Morphée. Je me suis réveillé ce matin a l'issue d'un long rêve, qui m’a fait penser à des propos entendus cette année me semble-t-il à la radio, et dont j’ignore l’auteur, affirmant qu’il est illusoire de croire que les rêves peuvent être des sortes d’histoires, mais qu’ils ne sont que des visions instantanées et sans connexion. Je n’arrive pas à admettre cette conception des choses. Il me semble que mon rêve de ce matin, et d’autres dont j’ai le souvenir assez net, sont indiscutablement des séries de scènes, avec un lien logique entre elles, des actes avec leurs conséquences, etc. Par contre je veux bien croire que chacune de ces scènes soit plus brève en réalité qu’elle ne semble dans le souvenir que l’on en garde, et se réduise en effet à une vision fugitive. Et il est vrai aussi que la narration d’un rêve, avec les descriptions qu’elle implique, est nécessairement plus longue, parfois beaucoup plus longue que le rêve lui-même. Chaque matin Facebook me propose, avec son application On this day, de revisiter, et si je le souhaite de repasser, des choses que j’ai publiées le même jour dans les années passées. Une utilité inattendue de ce service est qu’il m’a permis, en revoyant des liens vers mon blog, de retrouver les dates auxquelles j’avais changé de titre. Il semble que j’avais rebaptisé mon Journal documentaire «Le Nouvel Obscurantiste» pendant quelques années jusqu’en 2010, et «L’Ennemi du Peuple» vers 2011. Ces titres provocants ne manquaient pas d’allure, malgré quoi j’ai finalement préféré revenir à la formule plus sobre de «Journal documentaire». On ne me demande jamais pourquoi j’ai recouru à cet adjectif pour caractériser ma série de Lettres documentaires, puis mon Journal documentaire (mon pauvre ami, mais que crois-tu!). C’est tant mieux, car j’aurais sans doute la flemme de donner des explications. Je serais tenté de déclarer que c’est au moins de la documentation sur mon âme, cela suffirait bien.

(En photo, coquillages de Barbara Moloney Callen).