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Nous partîmes de bonne heure et fîmes bonne route, à part un bref embouteillage au péage de Biriatou. Il faisait un temps idéal pour rouler, gris mais sans pluie, ni chaud ni froid. Le réseau espagnol est maintenant organisé de telle manière que l’on peut aller jusqu’en Galice sans quitter l’autoroute, ce qui est un avantage. D’autant que l’autoroute en question était généralement en bon état, peu fréquentée, gratuite sauf quelques portions au Pays basque, et traversait un paysage assez agréable à regarder (campagne, montagnes, forêts d’eucalyptus, quelques aperçus du bord de mer). Un inconvénient est que l’Espagne n’a visiblement pas la «culture» française des stations-service et des aires de repos, de sorte que si l’on veut s’arrêter, ne serait-ce qu’une minute pour consulter la carte, il faut d’abord quitter l’autoroute. Très faible présence policière, c’est tout juste si nous avons croisé deux ou trois voitures de police dans toute la journée. J’ai remarqué que le panneau routier avertissant de possibles intrusions d’animaux sur la chaussée, figure comme en France un cerf de profil, bondissant de droite à gauche, mais dans un dessin légèrement différent, la silhouette de l’animal étant un peu plus trapue, ou plus épaisse, et la posture peut-être un peu plus verticale. Et quelquefois c’était le modèle français qui apparaissait, mystérieusement. Ce jour- là nous vîmes un seul de ces panneaux de publicité pour le brandy Osborne, représentant une grande silhouette noire de taureau, qui sont maintenant classés dans le patrimoine culturel du pays. 
Nous avions prévu de n’accomplir le premier jour que les deux tiers du trajet, environ six cents kilomètres sur neuf cents et quelques. Nous avions pour cela réservé une chambre dans une pension de Cudillero, village situé peu après le grand trio urbain Gijón-Oviedo-Avilés. Le choix de ce petit port de pêche dans les Asturies, tenait à ce que c’était une des premières localités côtières figurant près du bord droit de la carte Michelin du Noroeste de l’Espagne, plus précise (1 cm pour 4 km) et plus récente (2014) que l'atlas routier européen de 2003 qui nous avait servi jusque là. Cudillero ne manque pas de charme, avec son ambiance portuaire et ses vieilles maisons étagées en amphithéâtre. Les points faibles sont les quartiers périphériques peu reluisants (comme partout), les rues en pente forte, et la criasserie omniprésente et incessante, y compris la nuit, des goélands. Pour la réservation j’avais traité par mail avec une dame au nom bien espagnol, mais nous avons été accueillis et n’avons eu à faire qu’à un jeune homme anglais, David, très serviable.
En me promenant le soir j’ai trouvé un magasin où acheter un carnet de notes, car le mien avait besoin d’un remplaçant. Le nouveau est parfait, assez petit pour entrer facilement dans la poche si besoin, 80 pages à très petits carreaux (4 mm), une couverture rigide noire et grise, et une reliure à ressort sur le petit côté. Au bar El Remo, comme nous buvions une bouteille de cidre, nous avons commandé deux rations de chipirones frits. Leur faible prix (8 euros) nous avait fait penser qu’il s’agirait de simples amuse-gueule, mais on nous en a servi deux pleines assiettes, dont nous avons fait notre dîner. Le cidre «authentique» m’a paru fadasse, mais les calmars étaient succulents.