Hier matin j’ai trouvé, entre les pages d’un recueil de poésies imprimé à Buenos Aires en 1889, une mouche aplatie et sèche, écrasée là depuis longtemps. Je me suis demandé si elle aussi venait d’Amérique, et datait du dix-neuvième siècle. Puis je me suis levé de mon bureau et j’ai défenestré le corps de l’insecte, qui sera mieux à sa place dans le gazon du campus. Denn alles Fleisch, es ist wie Grass.

En milieu de journée, j’ai enfin pu appareiller vers le Septentrion, pour prendre mes quartiers d’été dans mon hacienda. Comme souvent, le départ en vacances, et surtout l’arrivée sur les lieux, ne me procure guère d’euphorie, ou de soulagement, mais plutôt l’accablement de songer aux problèmes que je vais encore devoir régler avant de pouvoir souffler. Le premier étant de trouver l’énergie de ranger toute la paperasse, la livrasse, la fringuerie, enfin tout l’équipement que j’ai trimballé avec moi, lequel est d’autant plus abondant que, mon sur-locataire s’étant définitivement fixé Outre-mer, et devant rendre l’appartement qu’il me sous-louait à Pessac ces dernières années, il m’a fallu enlever de là tous mes biens (et il me faut songer à la perspective encourageante de chercher une nouvelle crèche à la rentrée). Parmi les réjouissances au programme, en attendant : la visite semestrielle à mon médecin, l’offrande annuelle à mon garagiste pour faire vidanger ma voiture, et l’approche rituelle de mon maçon, pour le prier de bien vouloir s’occuper de ma toiture, qui n’en finira jamais d’avoir besoin d’être reprisée.

Un grand défi, devant lequel je me débine depuis des lustres, serait de repeindre mes chambres à coucher. Au moins une des deux. Au moins certains pans. J’ai l’idée d’évoquer publiquement cette perspective, pour moi effrayante, parce que j’espère qu’ainsi la honte de ne rien faire sera plus forte que la flemme de m’y mettre. On verra ce que cela donne.

Comme je m’étais absenté cette dernière fois plus longtemps que d’habitude, pas moins d’un mois et demi, les objets que j’ai retrouvés moisis sont un peu plus nombreux, et le courrier un peu plus abondant, parmi lequel trois lettres qui m’ennuient. D’abord une facture d’eau, peu élevée, mais qui était à payer avant le 29 juin, j’espère que le retard ne me vaudra pas d’ennuis. Ensuite des écologistes du Périgord, assez bien subventionnés, si j’en juge aux décorations polychromes des quatre pages qu’ils m’adressent pour me prier de leur envoyer des sommes, afin qu’ils entretiennent les rives de mon bois de Sansou. Je les trouve intrusifs mais peu persuasifs. Enfin le pompon, la Poste Bancale, je veux dire la Banque Postale, qui répond à ma récente demande d’un nouveau chéquier, en venant d’abord s’assurer que, «sauf erreur» de sa part, je ne dispose pas «actuellement de 81 chèques», alors qu’il m’en reste 7 (sept). Retenez-moi. Il y a aussi une carte mystérieuse, à la signature illisible, mais je crois deviner qui est la personne, me remerciant du Voyage de Mocquet, et s’interrogeant sur la part du nègre Bergeron dans la rédaction du texte, donnée pour moi nouvelle et intéressante.

Est-ce par l’effet des soucis, ou du temps austère, ou de leur conjonction, je me suis réveillé sur les trois heures du matin avec ce qui ressemblait à un début d’angine, en tout cas c’était bien imité, mais grâce à Dieu j’ai pu le conjurer en m’emmitouflant de lainages, en avalant un thé brûlant, et en suçant des pastilles.

Enfin il y a deux bonnes nouvelles : j’ai retrouvé la lampe électrique que j’avais égarée la dernière fois, et la première ministre anglaise a embauché Boris Johnson comme diplomate en chef.