martin_gilJ’ai passé un bon moment à me promener dans le recueil d’articles Mirar desde arriba («regarder d’en haut») qu’avait fait paraître à Buenos Aires, en 1930, un certain Martín Gil, essayiste, météorologue et astronome. Il y fait le point et donne son avis sur diverses questions, par exemple pourquoi les icebergs se mettent-ils à dériver certaines années, pourquoi la lune nous présente-elle toujours la même face (c’est qu’elle est animée d’une rotation orbitale, et non axiale) ou que faire en cas d’orage (selon lui, autant il est dangereux de se réfugier sous un arbre isolé, autant on ne risque rien en pleine forêt). J’y ai appris au fil des pages des choses que j’aurais aussi pu trouver ailleurs, mais qui se présentaient très bien là, entre autres que les hispanophones nomment les étoiles filantes «estrellas fugaces», ou que le Pôle Sud, deux fois plus froid que le Nord, comprend des montagnes et des volcans se dressant jusqu’à 4000 mètres. L’auteur pratique la vulgarisation, mais une vulgarisation distinguée, s’élevant graduellement à des altitudes où j’avais du mal à le suivre, et j’ai abandonné plus d’une piste, n’étant que d’humeur à flâner. Gil dévoile à l’occasion les points de vue philosophiques où le conduisent ses observations scientifiques. Par exemple, je traduis, «L’égalité dans la nature, comme en tout, est un cas particulier, un accident, quelque chose de passager (il songe au fait qu’il n’y a que deux fois par an, où la longueur du jour égale celle de la nuit). Au contraire la loi du contraste, de l’inégalité, est celle qui règne, celle à quoi est due toute la grande harmonie de l’univers, du monde, de la vie» (p 49). Il voit dans les Etats-Unis une «nation-école», auprès de qui des pays comme l’Argentine auraient à prendre des leçons «de discipline, d’organisation et d’ordre, de travail, de justice…» (p 142). Pas comme le nôtre, qui n’a besoin de rien…