Il existe une loi du moindre effort, qui tend à provoquer l’érosion du langage, par exemple en abrégeant les mots : dire «cinéma» pour «cinématographe», puis «ciné» pour «cinéma», «ordi» pour «ordinateur», etc. C’est assez naturel. Il existe à l’inverse un courant laborieux, qui tend au contraire à en rajouter, suivant l’adage «pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?». C’est le facteur à l’oeuvre dans la tendance moderne à remplacer les mots usuels par des périphrases, comme on a tous remarqué : dire «demandeur d’emploi» plutôt que «chômeur», «personne en situation de handicap» plutôt que «handicapé» ou «infirme», etc. Cette manie rallongeante est également à l’oeuvre, plus modérément, dans le goût de remplacer les mots usuels non par des périphrases, mais seulement par des mots plus encombrants : c’est ainsi que l’on entend de plus en plus souvent «décrédibiliser» au lieu de «discréditer», «être en capacité» au lieu de «être en mesure»… Cela vous a tout de suite un air plus important.

PS. D'autres encombrants, qui me reviennent à l'esprit : «définitivement» pour «décidément» (par anglicisme, comme fait observer un lecteur), «à l'international» pour «à l'étranger», «méthodologie» pour «méthode»...