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Entre deux phases de crachin, parfois même pendant, j’avance mes affaires. J’ai rarement vu le pays aussi humide. L’air est poisseux, même sous abri, et le sol si détrempé que je ne rentre plus ma voiture dans le jardin, de peur de m’y enliser. Je la laisse dans la rue et ça ne me plaît pas beaucoup.

Il y a une quinzaine de jours, j’apprenais que le jardinier gallois, Wyn, qui me rendait service depuis des années, repart soudain dans son pays. Par chance, je lui ai déjà trouvé pour successeur un certain Jacky, du village voisin. C’est lui qui viendra couper l’herbe, quand elle va se remettre à pousser. En attendant il est venu tronçonner une demi-heure. Je lui ai fait couper deux troncs d’arbres, et quelques bouts de bois trop gros pour ma scie, qui traînaient ici et là.

J’aime de moins en moins les journaux et souvent, quand j’en ai un entre les mains, je n’y trouve rien de plus intéressant que les mots croisés. De ce point de vue la presse locale, pour laquelle je conserve un préjugé favorable mais irrationnel, offre deux types de déceptions : il y a les journaux comme L’Hebdo du Bassin, qui présentent la solution dans le numéro même ou paraît la grille, et ceux comme L’Hebdo de Charente-Maritime, qui n’ont carrément pas de mots croisés.

J’ai un peu feuilleté la très attirante anthologie bilingue nahuatl-espagnol, que j’avais emportée dans mes bagages, de Trece poetas del mundo azteca, organisée par Miguel León-Portilla. A vrai dire j’en suis un peu déçu, je n’y trouve rien de bien excitant. Du plus célèbre de ces anciens poètes mexicains, le prince érudit Netzahualcóyotl, je me souviens que j’avais réédité jadis, dans une de mes Lettres documentaires (n° 44), des traductions qu’en avait donné Henri Ternaux, en son temps.

J’ai lu un prospectus à propos du couple Cognacq-Jaÿ, Ernest (1839-1928) et Marie-Louise (1838-1925). Nés pauvres, mais travailleurs acharnés, ils ont passé leur vie à faire fortune, avec leurs magasins de La Samaritaine, et à redistribuer leurs gains à leurs employés, aux nécessiteux, et dans des oeuvres d’utilité publique. J’admire cet exemple. Le préjugé de gauche, selon lequel les riches sont forcément des coupables, qui ne peuvent avoir acquis leurs biens que malhonnêtement, et sont incapables de générosité, est cause que la philanthropie est un sujet si mal vu, si ignoré de la médiaterie, pour ainsi dire un sujet tabou. L’égoïsme et la générosité sont-ils si inégalement répartis chez les riches et chez les pauvres? J’en doute.