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En lisant le communiqué par lequel les terroristes musulmans ont revendiqué leurs récents exploits, je remarque qu’il est daté du 2 Safar 1437. On est tenté de se dire que tout est là : les mecs sont encore au quinzième siècle, ils voient le monde avec le regard que l’on pouvait avoir sous Charles VII. Cependant ces arriérés sont bien d’aujourd’hui et ils sont parmi nous. Ils appellent Paris «la capitale des abominations et de la perversion» et les spectateurs du Bataclan des «idolâtres dans une fête de perversité». Pour en juger ainsi, on suppose qu’ils se tiennent quant à eux pour des modèles de vertu, ce dont leur sauvagerie apporte difficilement la preuve. Ils déclarent que la France est une de leurs «principales cibles» et que «cette attaque n’est que le début…», il faudra s'en souvenir. Le plus intéressant à mes yeux est qu’ils nous appellent (nous Français) les «croisés», mettant ainsi dans le même sac les citoyens chrétiens, les fidèles d’autres confessions, et les incroyants (y compris les cathophobes les plus fanatiques, et Dieu sait s’il y en a).

Je ne crois pas beaucoup à l’interprétation selon laquelle, en attaquant des restaurants et des cafés, les terroristes s’en seraient pris à notre mode de vie si exemplairement diversitaire. Je pense qu’ils avaient pour cible principale ce qu’ils appellent les croisés, et que s’il s’est trouvé de leurs coreligionnaires ou des étrangers parmi les victimes, ce ne sont à leurs yeux que des dommages collatéraux. Mais Paris, comme souvent les capitales, surtout occidentales, est en effet une ville très cosmopolite. Dans l’article que Wiki a déjà produit sur ces événements, un tableau montre que les morts, loin d’être tous français, sont aussi des ressortissants de seize autres pays, et si l’on compte les blessés le chiffre s’élève à vingt-cinq nationalités. C’est un point sur lequel les assaillants se sont peut-être, si l’on peut dire, tiré une balle dans le pied : en attaquant un seul pays, ils se seront fait des ennemis un peu partout.

Il faut dire ce qui est : l’attentat du Bataclan a fait une publicité d’enfer aux Eagles of Death Metal, si bien que le nom du groupe est maintenant connu de gens qui n’en avaient ni auraient jamais entendu parler (comme moi, mais dans mon cas, ça ne va pas leur rapporter grand chose). Or ils annoncent que tous leurs concerts sont suspendus, et je les comprends : dans ces conditions, il faut vouloir remonter sur scène…

Dans un excellent discours, l’autre jour, Donald Trump a provoqué l’indignation générale de la presse bien pensante en déclarant : «Je vais vous dire, on peut dire ce qu’on veut, si les gens avaient eu des armes, s’ils avaient été autorisés à avoir des armes, la situation aurait été très différente.» Je ne sais ce qu’il en est au juste de la réglementation française du port d’arme, mais il ne me semblerait pas anormal qu’il soit interdit dans une salle de concert. Cela dit, si les propos de Trump scandalisent à ce point la conscience humaniste, c’est parce qu’ils relèvent du simple bon sens. Remarquons qu’à aucun moment il ne dit que le port d’arme aurait tout résolu. Il est bien évident qu’en toute circonstance, si un cinglé (et a fortiori une équipe de cinglés) se met à tirer soudain dans la foule, on ne peut rien contre lui, dans les premiers instants. Mais il est aussi vrai que la présence d’un seul porteur d’arme et qui sait s’en servir, dans l’assistance, dans l’encadrement, ou dans les parages, peut très vite renverser la situation. Une simple balle dans la tête suffit à calmer l’assaillant.

Hier l’Assemblée nationale a adopté la prolongation de l’état d’urgence pour trois mois à la quasi unanimité, par 551 voix contre 6 et une abstention. Les six députés que le patriotisme n’étouffe pas sont, comme par hasard, trois socialistes et trois «écologistes», dont ce pauvre Noël Mamère, l’homme que la présence d’une avenue Lénine, dans sa ville de Bègles, ne dérange nullement.