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Ce qui me déprime le plus, dans les derniers attentats (Paris et Saint-Denis, vendredi 13) c’est le pressentiment que le pire est à venir, que la France va de plus en plus ressembler à ces pays du monde arabo-musulman où des hallucinés font péter des bombes à n’importe quel coin de rue. Je peux me tromper, je dirais même que je l’espère, mais je crains d’avoir raison. Le fait que, de l’aveu même des autorités, les services débordés soient incapables de surveiller les milliers d'excités qu’il faudrait tenir à l’oeil, n’a rien pour rendre optimiste.

J’ai appris la nouvelle de ces attentats dans la nuit de vendredi à samedi quand, à la fin d’une insomnie, sur les trois heures du matin, jetant un coup d’oeil à Facebook, je suis tombé sur l’intrigant «safety check» m’informant que mes quelques «amis» parisiens étaient encore en vie, et j’ai d’abord cru à une blague, avant de réaliser qu’il s’était vraiment passé quelque chose de sérieux.

Une piètre consolation a été d’observer que même entraînés, les terroristes sont si cons, qu’un ou deux d’entre eux n’ont réussi qu’à se transformer eux-mêmes en steak haché, sans atteindre personne d’autre.

J’ai vu que des voix s’élevaient pour regretter que l’on pleure beaucoup plus sur les victimes françaises que sur celles de pays lointains, où de pareilles horreurs sévissent également. Je dois dire que je suis en partie d’accord. Je trouve naturel que les Français s’émeuvent en priorité de ce qui se produit chez eux-mêmes, et j’apprécie les manifestations internationales de solidarité, mais il y a dans ce déluge universel de flonflons, d’un sentimentalisme souvent ridicule, quelque chose d’excessif et de saoulant.

La rhétorique du «nous n’avons même pas peur» ne me convainc pas non plus beaucoup. Vu la nature du danger, il me paraît plus intelligent de se méfier que de fanfaronner. On dit d’ailleurs que dans la soirée de dimanche, des milliers d’humanistes, qui s’étaient rassemblés dans certains points de la capitale malgré les interdictions, ont détalé comme des lapins, pris de panique, au bruit de quelques pétards. 

En tombant une paire de fois sur l’expression, j’ai remarqué que les Américains citaient nos couleurs nationales à l’inverse de l’ordre conventionnel, en disant «red, white and blue».

Ce midi je suis allé participer à la minute de silence, mais j’avais l’impression de le faire par pure politesse républicaine, sans ferveur et sans illusion. C’est une cérémonie laïque bien qu’assez religieuse, à sa façon, un rituel pas très utile ni rationnel, mais peut-être nécessaire cependant. A un moment un humaniste a brandi un panneau figurant le signe Peace for Paris (création d’un certain Jean Jullien, encore un dont la carrière est assurée, s’il n’avait déjà une bonne place) sans se rendre compte qu’il le tenait à l’envers. Mais bon, c’est le geste qui compte, hein...