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Après avoir raté toutes les brocantes de la saison, soit par impossibilité d’y être, soit à cause du mauvais temps, soit simplement par manque d’entrain, j’ai fini par participer à celle des Touches de Périgny, samedi dernier le 15 août, en compagnie de mon aide de camp, qui était venue me rendre visite quelques jours. C’était une brocante banale, moyenne, pas désagréable, dont j’ai tiré profit moins par le gain financier (assez modeste, en ce qui me concerne, dans les 80 euros) que par la satisfaction d’avoir donné à quelques objets un destin plus utile que de rester en ma possession. Un gentilhomme, à qui j’ai vendu un livre pour deux euros, et à qui je faisais remarquer que le nom de doublon convenait à la pièce de cette valeur, a franchement acquiescé, au lieu de me regarder avec des yeux de merlan frit, comme plusieurs personnes à qui j’ai fait part de cette observation, dans le passé.

Le soir de ce jour-là, un voisin aimable m’a fait visiter son jardin. J’admirais les platebandes, bien fournies et bien entretenues. Avisant un joli buisson, tout couvert de petites fleurs bleues, que je ne connais pas, j’en ai demandé le nom. Pour toute réponse, le maître des lieux m’a dit que c’était une pousse qu’il avait récupérée dans les environs, «et tu sais, ça fait des fleurs bleues». Certes. Ce n’est pas pour me vanter, mais je me serais douté que cette plante, qui faisait des fleurs bleues, était une plante qui fait des fleurs bleues.

Rarement les vacances d’été m’auront mis d’humeur aussi peu autobiographique. Mais il est vrai que je n’ai pas grand chose à raconter, passant l’essentiel de mon temps à tailler mes arbres et mes arbustes, tâche infinie. Les seringats ne sont pas faciles à affronter, avec leur ramification par touffes hirsutes de branchettes, très semblable à celle du chèvrefeuille. Je croirais volontiers qu’il sont de la même famille, si les livres ne disaient qu’il n’en est rien. Au bois de Volebière, je me suis occupé d’élaguer quelques arbres de lisière, dont des branches s’étendent au-dessus du champ voisin, et sont massacrées chaque année par la machine qui vient rectifier la bordure. Je coupe autant que possible à ras du tronc les moignons déchiquetés,  afin que ces branches ne gênent plus, ni ne soient de nouveau maltraitées. Je me suis occupé entre autres de ce qu’on appelle par ici un Ager, c’est à dire un érable de l’espèce dite de Montpellier (Acer monspessulanum), au bois très dense, dur à scier, même vert. Je me demande si le mot patois tire son origine du nom latin, comme il est possible. Je me suis déjà posé la question, et peut-être ai-je déjà su la réponse, oubliée depuis.