J'ai statué sur un cas récent de déconvenue. Un beau jour, voilà deux ou trois mois, pour me divertir, je cherchais à me renseigner sur le sens précis du mot anglais kindling (fagot, bois d'allumage), ses possibles synonymes et nuances, lorsque je suis tombé sur la belle page qu'un habitant du Michigan avait consacrée au sujet. Le reste de son site, voué pour l'essentiel au genre d'activités ludo-artistiques en faveur dans le courant Fluxus, ne m'attirait guère, mais je savourais avec joie les quelques paragraphes où l'auteur exposait son goût, que je partage, pour le feu, la collecte et le stockage du bois de feu, la contemplation des tas de fagots et de bûches. Naturellement l'idée m'est venue de faire ce que je sais faire dans ces circonstances, traduire la bonne page et en tirer une Lettre documentaire de plus, pour ajouter à ma collection et la faire lire aux copains. Comme je suis de moins en moins entreprenant, il m'a fallu plusieurs semaines avant de me mettre à la tâche, et plusieurs autres avant de me décider à contacter l'auteur, pour lui présenter le projet et lui demander son accord. Le site, inactif depuis des années, ne donnait pas d'adresse, ou je ne l'ai pas trouvée, mais j'eus bientôt repéré que l'artiste disposait maintenant d'une page Facebook, où il publie à longueur de journée de généreux messages de solidarité envers les opprimés rebelles, et où j'ai pu facilement lui passer un mot. Hélas, le fagotteur n'a pas daigné répondre. Je me suis demandé pourquoi : a-t-il renié sa passion du bois? a-t-il horreur qu'on le traduise, surtout en français (j'ai déjà rencontré ce cas)? Plus vraisemblablement, j'imagine qu'il se sera renseigné à mon propos, et que quelque trait de ma personnalité lui aura déplu. Ma coupe de cheveux, peut-être. Eh, tant pis. Cette page de fagot va filer au feu, tiens.