Je suis à La Croix pour quelques jours de solitude, sans doute pas assez pour ce que j'ai à faire, mais enfin je vais tâcher d'en tirer ce que je peux…

Le temps maussade ne m'attire pas beaucoup à l'extérieur. Je ne vais au jardin, ni même dans mes chers bois, qu'en service minimum. Je suis mieux près du feu, et mieux encore au lit, avec mes papiers et mes chimères.

Depuis des semaines j'ai vécu plongé dans le courrier de Michel Ohl, j'ai consacré l'essentiel de mon temps libre à recopier toutes les lettres et les cartes qu'il m'a écrites pendant vingt-six ans, et je suis arrivé à la dernière sur les cinq heures ce matin. Cela représente une somme, comme un livre de peut-être deux cents pages. Pour quelques raisons, j'avais besoin de m'imposer cet exercice fatiguant mais satisfaisant. Il faudra maintenant que je trouve le temps d'y revenir, de même que sur les lettres de Crad Kilodney, recopiées elles aussi voilà des mois.

Je me suis aperçu que les autorités (le Robert, le Wiktionnaire) prescrivent de ne pas prononcer le u du verbe «aiguiser», de le traiter en somme comme s'il n'était là que pour éviter que la syllabe ne sonne «ji» (de même que dans «guide», «guitare», etc). Au contraire j'ai toujours prononcé ce u. J'apprends que Littré recommandait cet usage, qui me semble d'ailleurs conforme au simple bon sens. Aiguiser, c'est rendre aigu, donc aigu-iser, de même que rendre menu, c'est menu-iser, et non «meniser»...