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Il y a deux semaines, j'ai capturé un rat. Depuis l'année dernière nous avions remarqué que le silo à compost, dans le jardin de Taussat, était visité par au moins une bête. De petites galeries peu discrètes, creusées autour, aboutissaient à l'intérieur, où la terre fraîchement remuée s'étalait autour du trou de sortie, parmi les déchets de cuisine. Nous nous demandions de quel animal il pouvait s'agir. J'ai longuement examiné toutes les possibilités plus sympathiques, avant d'accepter la probabilité du rat, vers laquelle me ramenaient mes spéculations et la lecture des forums, où d'autres que moi s'étaient posé la même question. La découverte d'un rat mort, gisant en plein compost, est venue confirmer l'hypothèse, il y a quelques mois. C'était en mon absence, et l'on m'a rapporté le fait, mais je n'ai pu examiner le spécimen, que l'on s'était empressé de bazarder. Vers la même époque, un voisin a tué un autre rat, qu'il avait surpris devant sa maison. Après quoi le compost a paru déserté, puis de nouveaux signes de fréquentation sont apparus. Alors j'ai envisagé d'attraper l'animal, au moyen d'une nasse que j'ai pour cela rapportée de mon hacienda charentaise. J'avais acheté ce bel objet en fil de cuivre il y a une quinzaine d'années, dans une coopérative agricole, pour la principale raison que son aspect me plaisait beaucoup. Je ne m'en étais servi que deux fois, dans les premiers temps, sans succès. La première, pour essayer de piéger un lérot, que je soupçonnais de hanter le grenier au-dessus de ma chambre. Au matin, le gruyère avait été mangé par des souris assez petites pour se faufiler entre les mailles. L'autre fois, j'ai posé le piège près de ma cabane dans le bois de Cunèges, et le lendemain j'ai dû constater que mon pauvre appât n'avait attiré qu'une colonie de fourmis. Depuis lors la jolie nasse, posée en haut d'une bibliothèque, ne servait plus que comme élément de décor, très à mon goût, et à épater les rares enfants de passage, sur qui elle faisait toujours forte impression. Mais enfin, l'ayant transportée sur place, voilà une quinzaine, je l'ai installée à l'intérieur du bac de compost, après avoir placé dans le compartiment deux bouts de fromage. Cela n'a pas raté. Le lendemain matin, j'avais un prisonnier. Qu'en faire? Le plus simple et le plus utile aurait été de le tuer, mais comment m'y prendre? et de toute façon, avec mon tempérament de chochotte écolo, je m'en sentais bien incapable. J'ai plutôt suivi l'idée à laquelle j'avais songé d'avance : ganté de cuir, par précaution, j'ai installé la cage dans le coffre de la voiture, et je suis allé libérer l'animal à un kilomètre de là, dans un bois, au lieu-dit du Pont-de-Titoune. Lorsque j'ai ouvert la petite porte, le rat s'est élancé hors du piège et s'est éloigné rapidement, en faisant des bonds. J'ai regretté de n'avoir sous la main, pendant que je détenais le captif, mon guide des Mammifères d'Europe, qui m'aurait peut-être indiqué quel détail particulier observer pour déterminer l'espèce. J'ai cependant chargé mon aide de camp de photographier la prise, avant d'aller la relâcher. De passage à la Croix maintenant, j'apprends dans le manuel que les deux espèces d'aspect semblable, le Rat noir (Rattus rattus) et le Surmulot (Rattus norvegicus), se distinguent principalement selon que la queue est plus ou moins longue que le corps, ce que j'aurais été bien en peine de vérifier. Point de regret, donc.