MICHEL OHL DANS LE COURRIER DES LECTEURS DU JOURNAL DOCUMENTAIRE

Je réunis dans cette Lettre des commentaires de Michel à mon blog Journal documentaire. Il ne s'agit pas ici des commentaires qu'il m'a adressés par courrier privé, mais seulement de ceux postés en ligne. Les dates indiquées sont celles des entrées du Journal, auxquelles Michel avait réagi soit le jour même, soit ultérieurement. J'indique aussi les pseudonymes sous lesquels il a signé. (Les lecteurs du blog souhaitant retrouver la version intégrale des entrées peuvent recourir au lien «Toutes les archives»).

 Le 19 novembre 2008, à propos de ma traduction du texte de Crad Kilodney, «Polycarpe, l'homme aux nombreuses carpes» (Ld 441) : «L'histoire de Polycarpe est excellente. Je vous signale incidemment, pour faire un peu l'intéressant, ce personnage du brillant romancier Jean-Pierre Ohl : l'Ecossais Andrew Lockhart, au milieu du XVIe siècle, «fit creuser un bassin» pour y épouser «en secondes noces, à l'âge de quatre-vingt-douze ans, un thon blanc de cent cinquante livres» (Les maîtres de Glenmarkie, Gallimard, 2008).» Signé : Docteur Michou.

Le 30 juin 2009, à propos d'Un chien andalou de Bunuel, dont j'avais dit qu'il était «long d'un quart d'heure à peine» : «Un chien andalou ne dure pas un petit quart d'heure, mais un gros quart d'heure. L'ennui, si l'on veut faire du chien andalou une unité de temps («Rendez-vous chez Juju dans un chien andalou», «Un chien andalou et je suis à toi»), c'est que la durée du film varie selon les sources : 16 ou 17 minutes. Il faudrait s'entendre aussi sur la durée du chien-chien à sa mémère andalou, et de la meute andalouse. DEVOIR DE VACANCES : J'ai vu Un chien andalou il y a 45 ans, au ciné-club «Le Concorde», près du café Montaigne. Sachant que le balai russe est à l'an vulgaire comme la verste au kilomètre, convertissez ces 45 ans en balais russes. Evaluez ensuite, en chiens andalous de 16 mn 30, le temps consacré à ce calcul.» Signé : Chrononos.

Le 19 octobre 2009, comme j'annonçais que j'avais fait imprimer mes traductions de L'Expatriote de LLoyd Dunn et des Rrêves de John Bennett, livres que Michel entendait m'acheter lors d'un prochain rendez-vous : «Aboulerai pèze Dunn Bennett heure et lieu dits à la Saint-Richard. Prévoir marchandise. Pas d'entourloupe!» Signé : Mickey-le-Réglo.

Le 16 janvier 2010, comme je parlais des bienfaits psychologiques du lavage de la vaisselle, il donne cette citation : «Robert Graves m'a dit un jour que la vaisselle était la meilleure aide pour la pensée créative et je crois qu'il a raison.» Agatha Christie, Autobiographie, p 312. Signé : Borgesito.

Le 3 juin 2010, comme j'avais publié l'anagramme «En Saintonge, Songe naît» : «Le bon citoyen d'Anagrammatopolis préfère naturellement la version originale, avec S majuscule à Songe, bien plus fidèle à l'esprit et à la lettre.» Signé : Hector Torche.

Le 3 août 2010, comme j'avais observé que l'on abrège «calvados» en «calva» mais pas «armagnac» en «arma» : «Abréger Armagnac serait un sacrilège car cet alcool divin vous donne le mordant, le GNAC, qui abat tous les obstacles. Vous finissez par mordre la poussière, bien sûr, mais c'est anecdotique.» Signé : Miquéu.

Le 11 août 2010, comme je déplorais que le mot «jungle» doive se prononcer «jongle», à quoi Mathieu P répondait en citant approximativement un passage d'une chanson de Gainsbourg, et en parlant de prononciation méridionale, Michel précisait : «Sans vouloir chercher des poux dans la tête à Mathieu : "Enfonce bien tes ongles /  Et tes doigts délicats / Dans la jungle / De mes cheveux, Lisa."» Signé : Sokolov.

Le 18 octobre 2010, comme j'avais dit que je n'aimais pas les voyages, et que les voyageurs étaient des gens qui ne se trouvaient pas bien chez eux, il apporte ces deux citations : «"Oh! ne quittez jamais le seuil de votre porte! / Mourez dans la maison où votre mère est morte!" A. B. "Je hais mon siècle, étant de ceux qui pensent que le bonheur suprême est de n'avoir jamais à sortir de chez soi, de vivre et de mourir dans la maison de ses ancêtres, de faire tous les jours la même promenade et de veiller sur un jardin." A. C.» [Auguste Brizeux et Albert Caraco] Signé : David Muralla.

Le 21 octobre 2010, comme j'avais signalé que le mot charentais pour «aujourd'hui» est «aneut», c'est-à-dire «cette nuit» : «Et si "aneut" était une variante d'"an'hui" ("en ce jour")?» Signé : Sébastien Naïvo.

Le 8 novembre 2010, comme j'avais rapporté le souvenir bizarre d'un jour où je m'étais coupé les ongles en oubliant ceux des index, cette réflexion (dont j'avoue n'être pas sûr du sens) : «Et si l'assemblage des seules lettres de ce troublant souvenir tapées de l'index donnait la clé de son mystère?» Signé : Julot l'Intuitif.

Le 22 mars 2011, comme j'avais commenté favorablement la biographie de Tourgueniev par Troyat : «Belle occasion de saluer Henri Troyat. Même ses pairs l'ont «expédié» de façon assez odieuse. Je me souviens, dans son livre, du poétique «flûtiste des lettres» de la méchante maman Tourgueniev. Et Ivan avait baptisé son sofa Samoson (autosommeil, qui endort de soi-même»), c'était donc un bon gars.» Signé : Oblomov.

Le 30 mars 2011, comme je m'étais demandé s'il existait des misanthropes de gauche, sur quoi un lecteur proposait Thomas Bernhard : «J'ai lu et relu l'oeuvre admirable de Thomas Bernhard et je ne me suis pas demandé s'il était de gauche, de droite ou d'ailleurs, ses mots vont avec lui à l'abîme, gauch', droit', gauch', droit', repos éternel, misanthrope il l'a été sans doute, mais depuis qu'il est mort (à Ohlsdorf), qu'est-il devenu? il faudrait aller l'exhumer de son cimetière de Vienne, mais c'est très loin et ça ne nous apprendrait pas grand-chose je pense (donc je suis encore : bravo).» Signé : Profil tordu.

Le 10 mai 2011, comme je me moquais d'une affiche proclamant que «Dans libraire, il y a libre», observant qu'il y avait aussi «braire», Michel s'auto-cite : «Libraire : lire et braire de concert (chez l'Ane-Savant, etc.)» Chez le libraire, p. 186. Signé : Lison Juskogla.

Le 17 mai 2011, comme, puisant nonchalamment dans Google Images, j'avais pris une photo de Daudet pour une de Gautier : «En la foto, parece Daudet Alfonso, no?» Signé : Zorro.

Le mercredi 20 juillet 2011, Michel m'ayant demandé d'accuser réception au plus vite quand j'aurais reçu un courrier important, qui devait contenir certain quatrain, par exemple en l'avertissant discréto par un message dans les commentaires de mon blog, je m'exécute justement sous la forme d'un quatrain : «Message privé / Pour aller bon train / La lettre au quatrain / Est bien arrivée». A quoi il répond : «Merci du message! / Ainsi, l'âme en paix, / Tel un enfant sage, / Je m'endormirai.» Signé : Oblomov.

Le 30 juillet 2011, comme je me moquais de la nouvelle manie du métissage, s'étendant à divers domaines : «Côté cuisine je me demande si La Belle Truite Meunière obtenue en mixant La Belle Meunière et La Truite de Schubert serait digeste? J'ai peur que non.» Signé : Joaquim-Michel.

Le 9 septembre 2011, comme j'avais reproduit une fausse pétition envoyée à Sud-Ouest, dans laquelle Michel protestait contre les nouveaux cachets de la poste («Rendez-nous le cachet qui faisait vraiment foi!»), un lecteur s'étant exclamé : «Grandiose!», l'auteur tempère : «N'exagérons rien.» Signé : Papa Julien.

Le 17 novembre 2011, comme j'avais signalé qu'un de mes aïeux s'appelait Chéri Billé, après quoi un lecteur (Frédéric Roux) estimait que ce nom faisait un «joli contrepet», Michel demande : «Lequel?» Signé : Luce Moulinette. [Luce Moulin était je crois une ancienne amie commune des deux personnages]

Le 29 décembre 2011, comme je me demandais si Jacques Mesrine s'était fait aider pour écrire L'instinct de mort : «M'est avis que le malin bonhomme était de taille à l'écrire tout seul. 1977, si je me souviens bien, c'était Lattès, que Mesrine avait menacé d'abattre au fusil à pompe s'il ne lui versait les droits d'auteur… (Lettre en papier non piégée la semaine prochaine.)» Signé : Bravachol.

Le 11 janvier 2012, comme la lecture de Jünger m'avait amené à réfléchir sur les verbes dérivés des noms de couleur : «Jünger est sauf erreur le champion de longévité du Petit Larousse, mais il devance de peu (4 mois) le savant Chevreul (1786-1889), lequel emploie le mot «violeter», donner une teinte violette, dans l'un de ses ouvrages théoriques touchant les couleurs. Ce digne homme étudiait les effets du vieillissement sur le corps humain quand la mort… je n'en dis pas plus.» Signé : Pedanteski.

Le 30 août 2012, comme je déplorais que les jeux paralympiques ne fussent ouverts, me semblait-il, qu'aux handicapés physiques : «Si cela peut te soulager, mon cher, une centaine de handicapés mentaux participent à ces «Paralympiques», en athlé(tisme), nage et tennis de table, je crois même en avoir vu aux JO «normaux», surtout parmi les commentateurs, mais je peux me tromper, je n'ai pas la forme olympique en ce moment.» Signé : Andy Capp.

Le 28 septembre 2012, son oeil de lynx permet à Michel de repérer que j'ai lu en fait dans deux éditions certains textes de Nabokov, dont je parle en n'en citant qu'une : «Page 192 du chapitre VII : "une course de taureaux à Saint-Sébastien, saccadée, clignotante, mais passionnante comme tout", à comparer avec "une corrida, pleine de secousses et de crachin, mais terriblement excitante, à San-Sébastien", version sans doute évoquée dans Nach San Seb. Ce chapitre VII reprend Premier amour, souvenirs plutôt que nouvelles. Souvenirs aussi, Mademoiselle O, chapitre V, écrit en français (recueil éponyme), puis en anglais. La prochaine fois,» [La phrase semble interrompue par un incident technique] Signé : Prof.

Le 27 décembre 2012, alors que je glosais sur la chanson de Hugues Aufray «Le rossignol anglais» et le sens mystérieux de son refrain : «Je la chantais il y a 45 ans, il me faudrait aujourd'hui beaucoup de mignonnettes de liqueur. Delanoë s'amuse à semer ses chansons de bizarreries (Quelque chose et moi), ça reste énigmatique, la fille veut dire «Chante, chante, bel oiseau, tu me racontes des histoires!», mais le galant repart pour de nouvelles aventures, c'est peut-être ça… En tout cas, il va sur ses 83 ans, le rossignol… Meilleurs voeux à lui, et à toi aussi, mon cher. (Et je suis en train de la chantonner en douce…)» Signé : Gioacchino.

Le 9 janvier 2013, à propos de ma traduction du texte de Crad Kilodney, «La pantalon secret de Mahomet» (Ld 490) : «Merci de ce précieux document.» Signé : Nasr Eddin.

Le 15 avril 2013, comme j'évoquais la figure d'Al Ackerman, récemment disparu : «Triste nouvelle… Maître Ling m'a beaucoup marqué. Je me souviens bien de cette critique élogieuse. Et je me demande si les pataphysiciens n'en ont pas parlé, eux aussi, dans leur revue (la comparaison avec Jarry est très judicieuse).» Signé : Un fervent.

Le 23 juillet 2014, comme j'évoquais la livrette juste reçue dans laquelle Michel avait recueilli un choix de citations de Gyula Krúdy, observant que la plupart portaient sur les deux au-delà que sont la mort et les rêves : «Oui, la mort et les rêves. Avec des messagers, peut-être… Merci à toi.» Signé : Ivanovitch.