Couverture-Le-chasseur-Francais_exact303x402

Il y avait longtemps que je n'avais acheté un numéro du Chasseur français. Chaque année à la même époque de la rentrée, je pense à cette solution comme à un remède possible contre la mélancolie du moment. D'habitude je me contente d'y songer, mais cette fois-ci j'ai franchi le pas. Je me promène à travers ce numéro de septembre (n° 1411 d'une revue fondée en 1885, quelle longévité!) comme dans une ville où je ne serais pas revenu depuis des lustres. L'essentiel du décor est toujours en place, mais il y a eu çà et là des changements. L'un d'eux est la présence des femmes, discrète mais sensible, dans les photos des articles, dans les publicités, et jusque dans le sujet de l'éditorial. La mise en valeur des Dianes chasseresses est peut-être dictée par les règles du politiquement correct mais elle n'est pas injustifiée, si elle correspond à la réalité. Ce pas effectué vers la parité n'est nullement assorti d'un quelconque souci de «diversité», on ne voit encore aucun chasseur de couleur. Il est vrai qu'il ne doit pas non plus y en avoir beaucoup dans les champs. Un autre changement notable est dans l'esthétique des vêtements. La tenue des chasseurs est tiraillée depuis des années entre la tendance à l'invisibilité (le camouflage, pour plus d'efficacité) et inversement la tendance à la visibilité (le fluo, pour plus de sécurité). Il en résulte par exemple des vestes bizarres, où des marbrures de camouflage masquent en partie le fond fluo. En vérité je ne lis guère tous ces articles de chasse et de pêche, je me contente de les parcourir, de regarder les images, et de humer leur atmosphère folklorique, rurale, terrienne et terre à terre. C'est un apaisement pour mon âme meurtrie. Je lis plus en détail les pages sur les bois, les étangs et les jardins. Je parcours aussi les annonces. Mes préférées, même si je les lis uniquement pour la rêverie, sont celles des terres, des animaux et des équipements à vendre. J'y relève une annonce pour les Filets Larrieu Frères (fabricants depuis 1622, c'est un de mes magasins anachroniques préférés à Bordeaux, avec la brosserie Au Sanglier de Russie et la quincaillerie Fougère). Dans le secteur des «mariages et rencontres», un encart me fait sourire, qui propose des «mariages chrétiens», avec la silhouette d'un couple qui fleure les années soixante, la femme en jupe courte et large, avec une queue de cheval. Pour le reste, le commerce du cul semble avoir glissé encore un peu plus vers le sordide : certaines drôlesses font la retape en se vantant d'être «Femmes laides et faciles», d'autres «Grosses et pleines d'envie». Mais enfin il ne faut pas tordre le nez, lire le Chasseur est toujours un bon moment de détente, et peu de revues anti-intellectuelles offrent un aussi bon rapport qualité-prix (196 pages pour 3 euros).