Nul copain ne devise avec moi près du feu, nulle biche ne vient se rouler à mes pieds. Je me sens un peu seul. Avec cela ma santé de fer-blanc m'inquiète, ce n'est pas la grande forme. Mon dos paraît guéri, mais je sens que je couve une nouvelle angine, la troisième de la saison, cela commence à faire. 
Je voulais au moins participer à une deuxième brocante avant de repartir d'ici, et comme c'était la dernière occasion d'en trouver une abordable et pas trop lointaine, je suis allé vendre aujourd'hui à Poursay-Garnaud. Je n'étais pas mal installé, à l'ombre conjointe d'un platane et d'un tilleul, encore que vu la température, j'eusse été aussi bien au soleil. Cet été une fois de plus le «réchauffement climatique» opère de façon discrète, le genre imperceptible. Et mes affaires n'ont pas bien marché. Je n'ai gagné qu'une soixantaine d'euros, moins les six pour payer la place, cela ne fait pas même un équivalent petit-déj-Otto. Au moins ai-je eu la bonne idée de quitter assez tôt, sur les trois heures, et n'ai-je pas perdu mon temps. J'avais emporté avec moi la Kolyma de Chalamov, dont j'ai récemment fini de lire les mille et quelques pages, et dans les moments creux j'ai pu passer tout le livre en revue pour y relire les phrases que j'avais soulignées.
Je m'impose une pénitence, à laquelle je songeais dernièrement : passer une journée entière sans me connecter au net. Je n'y ai pas regardé depuis hier samedi soir et si je tiens bon, je n'y retournerai que demain lundi matin, pour poster cette note. Je pense que ça ne m'était plus arrivé depuis des années.