La compagnie et le retour de la chaleur ont à peu près anéanti mon pouvoir d'action, déjà pas immense en temps ordinaire. Wyn est passé, je suis monté avec lui à Volebière examiner les chênes que je voudrais lui faire couper. Dans des moments creux de l'après-midi, j'ai feuilleté de nouveau, avant de le ranger, un livre sur Hitler lu cet hiver. A défaut de pouvoir le lire dans l'édition originale allemande (Hitlers Geheimnis, das Doppelleben eines Diktators, mot à mot «le secret de Hitler, la double vie d'un dictateur», 2001) j'aurais aimé le trouver en anglais ou en français. Le hasard a voulu que ce soit finalement une version portugaise qui me tombe entre les mains (A face oculta de Hitler, Lisbonne, 2002). Cela semble malheureusement n'être qu'une traduction indirecte réalisée d'après la version anglaise (The hidden Hitler) mais enfin l'essentiel de l'information s'y trouve. L'historien allemand (et juif, m'apprend Wiki) Lothar Machtan y développe l'hypothèse vraisemblable de l'homosexualité du Führer, en étudiant minutieusement l'histoire de sa vie privée, notamment de ses relations personnelles. On y trouve des suppositions mais aucune preuve formelle de rapports homosexuels physiques, mais il semble que l'on puisse au moins parler d'homosexualité platonique, au vu de ses amitiés presque exclusivement masculines, des milieux qu'il a fréquentés, de l'homosexualité avérée de nombreux hommes de son entourage (qui a aussi compris de parfaits hétéros comme Goebbels), de l'absence de toute idylle connue avec une femme (Eva Braun, avec qui il ne s'est marié qu'au dernier jour, était plus une pupille adoptive et décorative qu'une partenaire). Ce trait de personnalité pourrait en partie expliquer, outre son habileté et son charisme, les raisons de son ascension sociale fulgurante, d'un milieu d'un très humble au sommet du pouvoir politique. Cette étude permet aussi de nuancer l'image simplette que l'on a tendance à se faire aujourd'hui de la répression de l'homosexualité par le national-socialisme. S'il a en effet existé des lois répressives, il était notoire que l'homosexualité était répandue parmi les troupes et les cadres paramilitaires, notamment chez les SA. Le cas le plus célèbre est celui d'Ernst Röhm, qui non seulement ne cachait pas mais proclamait ses goûts sexuels et son mépris pour la gent féminine (accessoirement j'apprends que Röhm avait aussi eu une carrière sud-américaine, comme conseiller de l'armée bolivienne à la fin des années 20). La mystérieuse Nuit des longs couteaux, soit le massacre des SA, a pu servir a éliminer des témoins et des preuves, et à rétablir la réputation sulfureuse du national-socialisme allemand sur ce point. Ce livre sérieux et intéressant semble avoir bénéficié d'un certain succès public, dont témoignent les traductions en plusieurs langues, et pourtant on en parle peu, comme s'il traitait d'un sujet tabou, et j'observe que l'article de Wikipedia consacré à l'auteur ne possède qu'une version en allemand et une en anglais. Il y aurait une enquête à faire sur la vie secrète de la traduction française de cet ouvrage (La face cachée d'Adolf Hitler, L'Archipel, 2002), qui n'a pas fait grand bruit et qui n'est pas facile à trouver.