1000970-BoaJe ne comprends pas bien comment des dictionnaires sérieux, en tout cas réputés, tels le Robert ou le Trésor de la Langue Française, peuvent définir le Boa comme un «gros serpent carnassier des zones tropicales», pour le premier, et pour le second, mieux encore, comme un «serpent non venimeux d'Amérique méridionale», tout en affirmant froidement et sans commentaire que le mot est emprunté au latin, et que sa première occurrence en français se trouverait dans un texte datant de 1372. J'imagine que dans l'Antiquité, et même encore au XIVe siècle, on ne devait avoir qu'une connaissance assez vague des serpents tropicaux, en particulier des espèces sud-américaines. L'histoire de l'adoption de ce mot du latin en français mériterait donc une explication, qui manque dans ces ouvrages, et que je désespère d'obtenir un jour. Le Dictionnaire illustré Latin-Français de Félix Gaffiot signale bien une sorte de serpent nommée Boa, ou Bova (à prononcer bowa), mot qui apparaîtrait au moins chez trois auteurs, à savoir Varron, Paul Diacre, et naturellement Pline l'Ancien. Mais hélas, malgré de pénibles efforts, je ne suis pas parvenu à vérifier ces citations (pour Pline, Gaffiot indique «8, 37», et un autre lexicographe «23-79», arrangez-vous avec ça). J'ai pu toutefois retrouver sur le net le document de 1372 (mais seulement dans une édition de 1522), Le propriétaire des choses, d'un certain Jean Corbichon, selon qui Boa serait le nom d'un serpent d'Italie «moult grant», et qui «suit les boeufz et les vaches». Selon Robert, le boa latin serait un «serpent d'eau», ce que Gaffiot ne précise pas. Pour ma part, je m'étais interrogé sur ces reptiles à l'époque où j'étudiais les noms des animaux du Brésil. On désigne en zoologie, sous l'appellation générale de Boas, la famille des serpents constricteurs du Nouveau Monde, équivalant plus ou moins aux Pythons de l'Ancien. Un temps, je m'étais demandé s'il pouvait y avoir un rapport entre ce vocable et le nom commun des serpents dans la langue tupi, mboi. L'espèce-type, le Boa constrictor, est nommée en portugais brésilien d'aujourd'hui jibóia (du tupi yboi), et la plus grande espèce, l'Anaconda (Eunectes murinus), qui est d'ailleurs une espèce aquatique, est nommée en tupi tantôt sucuri, tantôt boiaçu, c'est à dire «serpent grand». Mais je n'ai jamais trouvé le moindre indice pour étayer ce rapprochement tentant. Et les dictionnaires brésiliens d'Aurélio et de Houaiss, en qui j'ai toute confiance, renvoient eux-mêmes au latin. Alors...