mao

Un énorme accès d'oblomoverie s'est emparé de moi à l'occasion des vacances de fin d'année, et je constate que la crise était assez grave pour se prolonger encore au-delà, de sorte que j'ai pratiquement abandonné la bloguerie depuis quelque trois semaines. Pendant ce temps j'ai séjourné principalement dans l'Arcachon Bay Area, où j'ai festoyé sans trop d'excès. Je suis aussi monté quelques jours dans mon hacienda de Charente, où la vie est toujours plus rude. Il faisait un temps assez pourri, mais en revanche les pluies répétées m'ont permis de mettre une bonne quantité d'eau en réserve. J'ai encore laissé plus de deux cents euros chez mon garagiste, non pour ses étrennes, malgré toute ma sympathie, mais pour trifouiller les viscères de ma voiture, qui en avaient hélas besoin. J'ai passé quelques heures isolé dans mes bois, ce qui est toujours une consolation. J'ai rédigé, en me demandant si je le devais bien, un post-scriptum à ma note sur le dernier livre de Roux, ce qui ne fera sans doute que préciser notre désaccord sans le résoudre, et d'ailleurs à quoi bon, il ne faut pas rêver d'être d'accord sur tout. Je me suis occupé d'envoyer ma livrette de Maricá. La renonciation à chercher un éditeur pour un livre si petit et si austère qu'il était vraiment difficile à placer, la décision de le publier moi-même sous la forme d'une livrette comme je n'en avais pas sorti depuis longtemps, la découverte d'un atelier d'impression aux tarifs très abordables, et situé pour ainsi dire à ma porte, enfin la récupération dans le fourbi maternel d'un copieux stock de timbres-poste inutilisés, m'autorisant à des envois généreux, tous ces facteurs se sont conjugués pour créer une situation propice à tester ma vie sociale, en émettant des signaux en papier. C'est une expérience toujours édifiante, en bien et en mal. Je me suis aperçu à cette occasion que, comme nous tous je suppose, l'usage du courrier électronique m'a tellement déshabitué du courrier postal traditionnel, que je devais dans bien des cas demander d'abord confirmation de l'adresse de mes correspondants. J'ai un peu bouquiné, entre autres la Fatigue du sens de Richard Millet, essai formé d'une mosaïque de fragments, d'anecdotes et de réflexions, où l'auteur confie son exaspération et sa mélancolie face au désastre culturel de l'immigration de masse, et face à l'apathie du pays qui en subit l'impact. Tout ne me convainc pas dans ce petit ouvrage, mais j'y trouve assez de vérité pour l'apprécier, par exemple ses traits contre «le métissage comme idéologie». J'ai renoncé à lire plus avant The crimson jester : Zapata of Mexico, livre que j'ai beaucoup voulu posséder, que l'on m'a très aimablement offert, mais dont j'ai dû constater, une fois que je l'ai eu entre les mains, qu'il ne correspondait pas bien à ce que j'en attendais. Cela arrive. On y trouve des traits piquants, comme l'affirmation que «pour séparer un Yaqui de son poignard, il faut d'abord s'assurer que le Yaqui est mort», mais l'auteur est un hâbleur, il fanfaronne trop, pour qu'on le prenne au sérieux. Il y avait encore sur ma table de nuit un autre pavé biographique, lui aussi en anglais, lui aussi offert par un copain ces derniers mois, le Mao : the unknown story de Jung Chang et Jon Halliday, qui m'a fait l'effet inverse. Cet énorme somme (près de huit cents pages de texte serré, sans compter plus de deux cents pages en index, bibliographie, notes et autres références) me décourageait à l'avance, je pensais n'en jamais rien faire, je l'ai quand même ouvert et je ne m'en sors plus. Ce livre est simplement captivant, impressionnant par l'ampleur et la précision de la documentation, convaincant par la cohérence des analyses, agréable par la limpidité de la rédaction, croustillant d'anecdotes, hallucinant d'horreurs. Je cherchais quelque bonne action à mener en ce début d'année, la terreur maoïste m'en inspire une, je vais faire une purge parmi mes «amis» de Facebook, on a les masses populaires qu'on peut, il s'est glissé dans les rangs plus d'un traître qui n'a rien à y faire, et qu'il convient d'éliminer. Haro!