Tauss1Sur la fin du printemps, les premiers jours d'été, j'ai réussi à construire, chez une amie, un bûcher qui faisait défaut. N'étant pas expert, j'ai ruminé le projet pendant des mois, recueillant tous les conseils possibles, triant comme je pouvais les bons et les moins bons, ne concevant pas moins de quatre plans successifs, étirant ou ramassant chaque fois le contour, pour adopter finalement les dimensions de 3,60 mètres de large sur 1,30 mètre de profondeur, la hauteur étant comprise entre 1,80 mètre à l'arrière et 2 mètres au devant. La charpente est formée de six poteaux carrés de 7 x 7 centimètres, fixés au sol dans des sabots en métal, et reliés par des traverses de 3 x 17 centimètres de section. Le bâtiment est ouvert sur tout le devant, et muré de volige sans couvre-joint sur les trois autres côtés. Le plancher du toit est fait de plaques d'agglo OSB, débordant les murs d'environ 20 centimètres de tous côtés, et sur lesquelles sont fixées des ondulines en carton bitumé, qui dépassent elles-mêmes le plancher de quelques centimètres. J'ai aménagé le sol en le tapissant d'une bande de feutre géotextile d'un mètre de large, sur laquelle j'ai simplement déposé deux rangées contiguës de parpaings en ciment de 50 centimètres de long sur 10 de haut. Chacune des deux rangées de parpaings, celle du fond et celle de devant, accueille une pile de bois. (Le poêle de la maison peut contenir des bûches jusqu'à 57 centimètres de long, mais par commodité on tâche qu'elles ne dépassent pas cinquante). Le bûcher se trouve auprès de la terrasse du devant de l'habitation, sur le côté ouest, il a le dos tourné au vent dominant. Il doit pouvoir abriter jusqu'à pas loin de sept stères, en tout cas largement six, soit une brasse et demie, ce qui n'est pas mal, surtout pour une demeure qui n'est pas habitée en permanence. Après la cabane de mon bois de Cunèges, qui tient bon mais qui est assez de travers, après l'appentis derrière le hangar de la Croix, dont le sol est meilleur que le toit, après le petit bûcher de proximité construit tout près de mon entrée, et qui aurait besoin d'être repris, ce bûcher est ma quatrième réalisation «architecturale», et la mieux réalisée (et elle est sortie indemne de l'épreuve d'une tempête, dans le courant de juillet). J'ai atteint là mon seuil de compétence dans cet art, et l'on peut même dire que je l'ai dépassé, car sans un peu d'aide, je n'y serais pas parvenu tout seul, ou pas si bien. La maîtresse d'ouvrage elle-même m'a servi par son efficacité de manoeuvre, et son intransigeance sur quelques points où j'aurais volontiers cédé à la facilité. Un plaisir a été de remplir le bûcher, une fois achevé, en puisant dans les abondantes réserves dispersées à ciel ouvert dans le jardin, tâchant de placer au dessous les bûches en meilleur état et les plus régulières, au dessus les plus abîmées et difformes. J'espère que cette installation rendra un bon service. Pour moi, en attendant, c'est un de mes objets de contemplation, par moments.
(Photo Yannick Lavigne. Cliquer pour agrandir).