imagesJ'attendais une occasion de repasser à la Croix, comme ce week-end, pour vérifier si Jacques Brosse, dans son guide des arbustes, donnait quelque conseil particulier sur la taille des chalefs, qui en cette saison font une poussée vraiment spéciale, lançant en l'air de nouvelles tiges démesurées, assez rigides pour tenir tendues, mais en même temps flexibles jusqu'à la mollesse dans leur extrémité. Je suis un peu déçu, il n'en dit rien, me voilà renvoyé à mes facultés d'improvisation. Mais cet ouvrage paru il y a quelque trente ans reste le meilleur guide que je connaisse sur le sujet, je n'en connais pas d'autre qui donne des descriptions aussi attentives, et des indications aussi savantes sur l'histoire humaine des plantes. Le titre complet, interminable à la façon des titres de jadis, donne une bonne idée de la teneur du guide : Atlas des arbustes, arbrisseaux et lianes de France et d'Europe occidentale, contenant leur histoire, leur description botanique et ornementale, leur mode de culture, ainsi que les divers services qu'ils peuvent rendre tant par leurs fruits et leur bois que par leurs propriétés médicinales. C'est un album de grand format, solide, relié en carton toilé, épais de 287 pages, paru chez Bordas. J'y ai remarqué cette bizarrerie, que l'on a pris soin de numéroter les notices (il n'y a pas moins de 1697 espèces décrites), or cette numérotation ne sert visiblement à rien, puisque l'index renvoie aux numéros des pages et non à ceux des notices. Ou peut-être sert-elle seulement à glorifier la richesse du livre. Pour en revenir à la famille d'arbustes en question, la plupart de ses espèces sont exotiques, et désignées plus souvent par leur nom latin Elaeagnus. On donne à certaines le nom commun de chalef, que par commodité j'applique aussi au cultivar le plus répandu dans les jardins, l'Elaeagnus x ebbingei. Je ne raffole pas des plantes exotiques mais j'aime beaucoup celle-ci, pour son joli feuillage aux reflets bizarrement argentés ou bronzés, et plus encore pour le parfum subtil qu'exhalent ses petites fleurs (profitez-en, c'est en ce moment, justement, et non au printemps). Brosse indique, comme je l'avais déjà lu, que ce nom de Chalef, ou Kalef, serait en fait le nom arabe du saule. Je me suis toujours demandé si la très vague ressemblance avec le nom latin du saule, Salix, était une simple coïncidence, ou s'il y avait quelque lien de parenté, mais je suis bien incapable de le vérifier. Peut-être qu'un arabisant de mes lecteurs m'éclairera un jour sur ce point, si tant est que j'aie encore des lecteurs.