Camus_XeniaUn ami, épris de lecture, s'est attaché singulièrement aux livres de Renaud Camus (je lui dois la découverte de cet écrivain parmi bien d'autres) livres qu'il achète tous, depuis longtemps, et si possible dès la parution, mais par un tour d'esprit quelque peu mystérieux, après les avoir lus, il n'en conserve à peu près que les volumes du Journal et se défait des autres. Ce gentilhomme, je dois dire, jette régulièrement des quantités de livres presque aussi importantes que celles qu'il acquiert. C'est une aubaine pour moi, qui n'ai pas trop les moyens de m'en payer, car plus d'une fois j'ai pu l'arrêter, comme il se rendait à Emmaüs d'un bon pas, les bras chargés d'une caisse, et dans ces occasions j'ai le plaisir d'alléger sa peine, et de me pourvoir en librairie.

Bref, c'est par cette voie favorable que m'est encore parvenu entre les mains, voilà peu, le petit recueil de quatre essais intitulé, d'après le principal, Le communisme du XXIe siècle. Je les ai lus avec un intérêt inégal, ma préférence allant nettement aux deux premiers (le dernier, «Pire que le mal», souffre d'avoir été écrit en partie dans la perspective des élections de 2007).

Le volume s'ouvre sur «La deuxième carrière d'Adolf Hitler». L'auteur y examine la destinée posthume et durable du personnage de Hitler comme symbole du mal absolu. Eh oui, en millions d'innocents broyés, Staline doit le battre de quelques longueurs, et cependant c'est l'ex-leader du Parti National-Socialiste des Travailleurs Allemands qui, dans l'espèce de religion humaniste qui forme l'idéologie dominante de nos jours, tient le rôle du véritable diable. Il y aurait de même une étude à faire (et sans doute déjà faite) sur la façon dont le mot «fasciste» en est venu à prendre un sens de plus en plus vague, pour devenir à peu de chose près un synonyme de «méchant» (ou de «de droite», c'est souvent équivalent).

Le texte principal, «Le communisme du XXIe siècle», est un développement à partir de la formule judicieuse empruntée à Alain Finkielkraut, qui désigne l'antiracisme fanatique, dogme régnant aujourd'hui un peu à la façon dont le communisme a régné sur les esprits au XXe siècle. Camus analyse en quoi cette idéologie exerce une tyrannie à la fois moins meurtrière mais plus totalitaire que n'a été le communisme. Il n'a pas tort, quand il estime que le combat antiraciste, justifié dans le principe, a dégénéré en une propagande omniprésente, elle-même truffée de croyances, de préjugés, de tartuferies et de mensonges, telle que l'honnête homme d'aujourd'hui est fondé à adopter une position anti-antiraciste.