heinzRude journée de brocante, cette fois-ci à Villefollet, encore dans les Deux Sèvres (que serais-je sans elles?). La bonne affaire était l'emplacement gratuit. Connaissant déjà les lieux, il m'étonnait que l'annonce en ligne affirme que le marché se tenait dans un «grand pré ombragé». En effet ce n'était que du bluff, et nous grillâmes tous en plein soleil toute la journée. Par chance ma voisine, une dame âgée, eut la charité de me prêter un parasol, pas beaucoup plus jeune qu'elle, mais qui me rendit grand service. J'avais pour voisins, de l'autre côté, un couple de bobos, dont la dame, visiblement, cherchait le contact humain, et m'offrait en toute occasion une vue panoramique sur sa petite culotte, ce qui égayait quelque peu des circonstances par ailleurs très austères. J'avais emporté, pour me restaurer, ma ration habituelle de survie : un paquet de biscottes et un magnum d'eau de source. La camarade Véro, passant vers midi, m'offrit en outre une barquette de frites. J'ai réussi à tenir mon commerce jusque vers dix-sept heures (j'ai vendu un jeu de construction en bois, un marteau bizarre, des plumes de porte-plume, des cartes à jouer, une grande boîte de brie vide, des couteaux, du parfum, des voitures miniatures, des capsules de champagne, des pots, du fil à coudre, des vieux Spirou, des dés, des timbres, un tournevis, des bouteilles vides mais jolies, des ciseaux, de la ficelle, une cuillère à glace, un truc jaune, une tasse, un moule à gâteau, des pièces de monnaie et je ne sais plus quoi) et j'en ai tiré un peu plus de soixante-quinze euros, ce qui n'est pas si mal au regard de mes besoins. En rentrant, épuisé, je me suis jeté misérablement sur une boîte de Heinz Beanz (froide, oui) que j'accompagnai de quelques tranches de cervelas. Après cette journée au soleil, s'ajoutant à celles passées naguère sur le toit avec mes ouvriers, ou dans le jardin à combattre la nature, il s'avère que je n'ai encore pas été capable, cette année, de préserver mon beau teint d'ivoire des ardeurs de l'été, et le mois d'août commence à peine que me voilà déjà, une fois de plus, bronzé comme un opprimé. Ou presque.