comebabyOncle Talmont, qui ne sait plus où les mettre, m'a passé l'autre jour une poignée de livres (Besson, Cau, Jouhandeau, Léal, Millet, Naipaul, ah, ça fait pile un alexandrin). Les deux que j'ai lus en premier, le Patrick Besson (Come Baby) et le Richard Millet (Brumes de Cimmérie) avaient des traits communs, la substance autobio, un certain exotisme ingrat (le Liban en ruines, la Thaïlande caniculaire), un certain mode de vie (on ne loge qu'à l'hôtel, on ne mange qu'au resto, on ne se déplace qu'en taxi), la recherche de l'enfance (thème central chez Millet, vague prétexte chez Besson mais affiché en couverture, «On ne vient pas en Thaïlande pour assouvir ses besoins sexuels, mais pour voyager dans sa jeunesse avec la faculté de l'arranger à son goût», hum). Les deux mélangent différents plans temporels : Millet rapporte des souvenirs de voyages et de séjours plus ou moins récents ou anciens entre lesquels on se perd un peu mais c'est peut-être l'effet voulu, Besson tresse deux histoires, une liaison de quelques années avec une maîtresse et un reportage de quelques jours en extrême Orient, auxquelles il consacre en alternance un paragraphe puis un autre. Les deux textes sont empreints de mélancolie et m'ont laissé une impression analogue de livres bien conçus et bien écrits mais sur un ton plutôt lugubre et quelque peu déprimant. Chez Besson le récit est alourdi en outre par la teneur pesamment sexuelle. Il encule sa maîtresse parce qu'elle lui tournait le dos, et propose à deux jeunes putes thaïs de baiser entre elles devant lui, ce qu'elles refusent avec horreur. Ces fantaisies ne me viendraient pas à l'esprit, et si d'aventure cela m'arrivait par égarement, je n'aurais pas l'idée de publier la nouvelle, mais chacun voit midi, n'est-ce pas...