petritegi

Samedi dernier dans la matinée, j'ai eu l'occasion de visiter l'intéressante église de Saint-Vincent de Tyrosse, ne comptant qu'une petite dizaine de vitraux historiés, mais sur lesquels se lisent pas moins de six signatures différentes, dont celles de deux verriers qui m'étaient encore parfaitement inconnus, Haussaire de Paris, et Gouffault d'Orléans. Le week-end fut essentiellement gastronomique. Notre hôte de Capbreton nous fit fort bon accueil, et avec lui nous fûmes samedi soir prendre l'apéritif à Saint-Sébastien, puis dîner non loin de là dans le village d'Estigarribia, à la cidrerie Petritegi. C'était pour ma part la deuxième fois que j'avais le plaisir de me restaurer dans ce curieux établissement aux tables nombreuses, mais assez discret pour n'avoir pas d'enseigne. Il y a quelque chose de primitif dans cette maison où l'on mange à même le plat, avec des couverts mais sans assiette individuelle, assis sur des bancs sans dossier, dans la jacasserie sonore des Espagnols. Mais la nourriture est excellente : saucisse chaude, omelette à la morue, morue frite aux poivrons, côte de boeuf, enfin fromage de brebis accompagné de noix et de pâte de coing, le tout arrosé de cidre à volonté. On va se servir et se resservir le cidre dans une cave attenante à la salle de restaurant et dans laquelle, bien que la porte reste ouverte, règne une atmosphère différente, qui saisit quand on y entre : le bruit s'y entend moins, la température est plus fraîche, et l'air saturé de l'odeur du cidre. On se sert directement, par de petits robinets, à d'énormes fûts de 20.000 litres. Je recommande ce voyage. Autrefois j'avais lu que de jeunes gens abrégeaient le nom de la ville en San Sebas. Notre hôte pour sa part disait volontiers San Sé, et je crois que c'est d'un usage plus courant. Par hasard, lisant ces jours-ci des nouvelles de Nabokov, je tombe dans «Premier amour» sur le nom de la même ville curieusement écrit sous une forme hybride hispano-française, San-Sébastien, par erreur peut-être, ou dans une intention qui m'échappe.