J'ai enlevé tous les rideaux de ma maison à La Croix, qui avaient grand besoin d'être nettoyés, et je les ai confiés à une petite lavandière de ma connaissance. Mais comme j'ai oublié de les rapporter, la fois d'après que j'y suis retourné, début juin pour les élections, j'ai passé le week-end sans rideaux. Cela jetait dans la maison une lumière accrue, pas désagréable, et m'attirait à regarder dehors plus souvent qu'à l'accoutumée. A un moment j'ai remarqué, par la fenêtre de la cuisine, un oiseau inhabituel, posé par terre dans la rue. A distance j'ai cru reconnaître une linotte, à sa poitrine rouge. Je n'en avais vu jusqu'alors que deux trois fois et toujours perchées sur les fils. Je suis allé chercher mes jumelles, mais le temps que je revienne l'oiseau s'approchait, il est venu s'ébrouer dans une flaque d'eau à quelques mètres des vitres. C'était bien une linotte. Je ne trouve pas ces oiseaux très jolis, mais j'étais bien content de l'observer aussi à l'aise.

Grimpereau

Le week-end suivant, me désintéressant du second tour, je fus à Taussat et là, une fin d'après-midi, la voisine s'approche de la clôture avec un petit oiseau posé dans les mains jointes. Je vais voir. C'est une proie qu'elle vient de tirer des griffes ou de la gueule de son chat, et qui n'a pas l'air blessée. Elle a renvoyé le chat et se demande que faire de l'oiseau, qu'elle hésite à relâcher dans la haie. Je reconnais au bec courbé un grimpereau, et je comprends à la brièveté des ailes que c'est un petit, peut-être encore incapable de voler. La dame l'approche des rameaux d'un chalef, mais il ne semble pas vouloir y aller. Je lui propose de me le confier, tout en me demandant où je pourrais bien l'installer de sorte qu'il puisse au moins se reposer un moment, sans trop risquer d'être repris si le chat revient : sur le toit de ma voiture, sur un bord de fenêtre, sur une des boiseries de l'auvent? La voisine me propose de refaire une tentative un peu plus loin, dans le branchage plus touffu d'un laurier-tin. Même indifférence de l'oisillon. D'un côté cela ne me dérange pas, car je sens en moi maintenant la plus vive amitié pour cette petite boule de plumes qui n'a pas l'air pressée de me quitter, mais que faire pour son avenir? L'inspiration me vient d'un coup. Puisque c'est un grimpereau, et que je n'ai jamais vu de grimpereau perché sur une branchette, mais toujours accroché à l'écorce d'un tronc, pourquoi ne pas tenter cela? Je me dirige donc vers un gros vieux chêne qui pousse à côté, contre la clôture, je présente mes mains devant l'écorce, et aussitôt l'oiseau saute s'y accrocher. Voilà ce qu'il fallait. Pendant la soirée, je reviens de temps en temps voir où en est le rescapé. Il me faut le chercher car il est si menu, et si bien de la même couleur que l'arbre, qu'il ne se voit pas au premier coup d'oeil. Peu à peu il grimpe et finit par disparaître tout à fait derrière du lierre, puis la nuit tombe.

(Je pique la photo ci-dessus à Dinah Saluz sur le net)