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Un jeune voyageur m'a rapporté le mois dernier de São Paulo un excellent guide ornithologique, dont il m'avait signalé l'existence. Ce n'est pas que j'en aie grand besoin, car je n'étudie plus beaucoup la faune brésilienne, et j'ai déjà de très bons instruments sur le sujet, comme le Dicionário dos animais do Brasil de Rodolfo von Ihering et l'Ornitologia brasileira de Helmut Sick. Si j'ai voulu ajouter ce livre à ma collection, c'est surtout pour le plaisir de contempler enfin ce qui manquait dans ce domaine, un beau guide civilisé moderne luxueux et pratique, avec à chaque double page une bonne planche d'aquarelles parfaites, et en vis-à-vis les notices correspondantes (au lieu d'illustrations ingrates et dispersées, ou regroupées à part dans un petit cahier incommode). Ce manuel de plus de trois cents pages est intitulé Aves do Brasil, avec un sous-titre limitant l'aire géographique : Pantanal & Cerrado, et suggérant que quelques autres volumes le compléteront. La zone concernée inclut donc les marais situés aux confins de la Bolivie et du Paraguay, et l'immense brousse du centre du pays. Signe des temps, ce ne sont plus des naturalistes germaniques qui produisent cette documentation, mais des Nord-Américains. L'ouvrage est promu par la Wildlife Conservation Society, sous la direction de John A Gwynne (qui est aussi l'un des huit illustrateurs) et coédité en 2010 par une maison pauliste et une de New York, où a aussi paru l'édition originale Birds of Brazil : the Pantanal and Cerrado of central Brazil. Je ne me sens plus particulièrement attiré par les grandes catégories exotiques comme les perroquets, toucans et colibris, encore que parmi ces derniers me plaît assez la découverte du topetinho, un minuscule punk de sept centimètres de long, à la crête flamboyante. A propos des bizarreries de taille, je connaissais déjà l'existence des menues rolinhas, tourterelles deux fois plus petites que les espèces habituelles, soit seize centimètres de long au lieu d'une trentaine (pour comparer, un moineau mesure 14,5 cm). Je découvre ici qu'il existe aussi des piverts nains, longs de moins de dix centimètres. Pour le birder français, un aspect frappant de la volaille brésilienne tient à la variété de familles ne comptant chez nous qu'une ou deux espèces, comme les martins pêcheurs, les engoulevents ou les grimpereaux. Je suis toujours intrigué par la présence au Brésil d'espèces vivant également en France : je savais déjà que c'est le cas de la cosmopolite suindara (la chouette effraie) ou des moineaux importés, mais j'apprends ici que le Brésil central abrite aussi bien la même poule d'eau, le hibou des marais, l'hirondelle de fenêtre et celle de rivage, que l'on trouve chez nous. J'émettrai une seule réserve, pour déplorer que l'on ait choisi de séparer l'index des noms portugais et celui des noms latins au lieu de n'en faire qu'un, ce qui serait plus commode. Sans quoi c'est vraiment un jouet charmant.
PS : on peut feuilleter quelques pages sur ce lien.