Mes préférés des 706 PROVERBES BASQUES recueillis par le sieur Arnaud d’Oyhenart

(Je les ai lus dans une photocopie de l’édition originale, parue à Paris en 1657, qui présente d’abord les phrases en langue originale puis la version française, en précisant que «Ce qui se trouvera en cette interprétation écrit en italique, sont des ajoutements faits au texte basque, pour une plus ample explication d’icelui». Et j’ai légèrement modernisé l’orthographe ou la tournure de certains.)

 

9. L’effronté, dans un festin, se fait traiter avec des perdrix rôties, au lieu que le honteux, ou le discret, n’a que les restes du pain.

15. A un père qui amasse du bien, succède un fils qui le dissipe.

21. Une mère qui a trop de tendresse pour ses enfants, les fait teigneux.

34. Le poisson et l’hôte deviennent puants, passé trois jours, et il faut les jeter hors de la maison.

55. La borne sied très bien entre les champs de deux frères.

64. Tout le monde court sur un arbre abattu, pour en tirer du bois.

72. Il y en a de si malheureux, que les vers s’engendrent jusque dans leur salière.

91. Qui peut être à soi, ne soit à autrui.

103. Vis bien avec les gens de bien, & ne te brouille pas avec les méchants.

112. Chéris ton ami, pour les bonnes qualités qu’il a, & ne l’abandonne pas pour quelque petit défaut, car chacun a le sien.

123. A chaque oiseau, son nid paraît beau.

126. Celui qui fait son bois de chauffage en un mauvais endroit, est obligé de le charrier sur ses épaules.

143. La sottise est un mal incurable.

148. Dis la vérité, et tu seras pendu.

157. L’une main lave l’autre, & les deux lavent le visage.

159. Ni grain de lieu marécageux, ni bois de lieu ombrageux.

164. Il n’y a point de montée, qui n’ait sa dévalée.

169. Châtie ton enfant pendant son bas âge, afin qu’après il ne vienne à se perdre et devenir misérable.

177. Tout mal a son pire.

185. Une jeunesse oiseuse, produit une vieillesse nécessiteuse.

186. Il n’y a point de laides amours, pour celui qui aime.

199. La matinée rouge est présage de pluie, la soirée rouge de beau temps.

217. Celui qui a des enfants, ne mange pas les meilleurs morceaux lui-même.

222. Celle qui couche avec les enfants, n’a pas toujours sa chemise nette, quand elle se lève.

231. Tu ne daignerais fendre ce bois, comme étant issu de grande race, ni moi, pour être le fils du gentilhomme de ce lieu, qui sera-ce donc qui nous le fendra?

241. Trois peu, et trois beaucoup, gâtent le monde : avoir peu et dépendre beaucoup, savoir peu et parler beaucoup, être peu de chose et présumer d’être beaucoup.

245. Il vaut mieux peu de bien, et ne devoir rien, que d’avoir beaucoup de bien, et être accablé de dettes.

251. Cela est bien dit, mais amène-nous quelqu’un qui le fasse.

259. Quel est le plus rude entre tous les seigneurs? C’est celui qui est parvenu de rien à être seigneur.

270. Le meilleur jeu, c’est celui qui dure le moins.

279. Celui qui a des noix à manger, trouvera assez de pierres pour les casser.

285. La mer n’a point de branches, à quoi on puisse se prendre quand on se noie.

301. Laquais fainéant, il n’y a qu’un an qu’il était misérable, le voilà à présent leste et bien vêtu, l’année qui vient il fera le monsieur, et enfin deviendra gueux.

305. Qui délaie, n’achève pas.

307. Le vin, bu avec mesure, fortifie les faibles, et pris outre mesure, affaiblit les forts et les gaillards.

313. Si ton domestique te demande de ton argent ou de ton grain pour autrui, baille-lui d’un tison par le cul.

320. Le monde ressemble à la mer, on y voit noyer ceux qui ne savent nager.

321. Celui-là devient de maître valet, qui à son serviteur découvre son secret.

339. Là où il trouve du potage, il trempe sa soupe.

341. C’est chose légitime, que chacun ait le sien.

343. Une injure soufferte en appelle aussitôt une autre.

357. Les trop longues promenades perdent les poules et les femmes.

369. Tandis que le chaudron, pour faire cuire le cerf, est pendu à la crémaillère, le cerf court parmi le désert.

376. C’est une tâche fort malaisée, de faire chose qui à tous agrée.

391. En fuyant le loup, j’ai rencontré l’ours.

398. Ne t’amuse pas à prêter ton argent à celui à qui tu serais obligé après de le demander le chapeau au poing : c’est à dire à plus grand que toi.

402. Loue le champ qui est sur le coteau, mais acquiers pour toi celui qui est en plaine.

403. Chaque buisson a son ombre.

408. Un railleur subtil donne du plaisir, mais s’il est grossier, il est dégoûtant.

411. Il faut faire le feu à Noël avec de grosses souches, et à Pâques avec des branches.

430. Lequel est le plus riche de tous? C’est celui qui se contente de ce qui lui faut justement.

446. Que sait faire le lourdaud? Il sait défaire ce qui est bien fait.

448. Celui-là gagne beaucoup, qui oublie le jeu et les putains.

505. Le complant du pauvre est clair et mal fourni de plantes, et encore celles qui y sont se trouvent tordues.

535. Il n’y a arbre qui n’ait quelque branche sèche.

542. Celle qui s’engrossa de vent, s’accoucha de vesses.

579. Celui qui a une belle femme en sa maison, sa maison en la terre de l’ennemi, et sa vigne auprès du grand chemin, n’est pas sans souci.

601. Le mal qu’on a souffert sert d’instruction.

631. La colère d’une personne faible, c’est comme une noisette rôtie, c’est à dire une chose qui ne fait ni mal ni bien.

654. Celui-là fait tort aux bons, qui pardonne aux méchants.

663. Celui qui ne sait pas prier Dieu, qu’il s’adonne à la mer pour l’apprendre.

674. Le lard et le vin de l’année courante, l’ami de plusieurs années, sont les meilleurs.

685. Celui qui seul mange sa poule, que seul il cueille son avoine, ou son orge.

688. En cent ans, tu pourras voir un seigneur devenu roturier, et un roturier devenu seigneur.

695. Celui-là ne sera pas bien servi, qui folâtre ou se joue avec son serviteur, ou avec sa servante.