Je n'aurais certainement plus le courage d'apprendre la syntaxe de nouvelles langues, mais j'aime toujours, quand c'est possible, contempler un peu de vocabulaire étranger, voire en apprendre. Aussi n'ai-je pas hésité l'autre jour, l'occasion se présentant, à mettre le doigt sur un manuel de conversation qui passait à ma portée, un tantinet pompeux par le titre : L'enseignement de l'arabe aux Français, mais modeste de taille et d'allure. Un mince volume, moins de cent pages, regroupant des mots et des phrases utiles à la vie pratique du touriste, en juxtaposant l'énoncé français, la traduction arabe et une transcription alphabétique de l'arabe. Examinant l'ouvrage de plus près, une fois chez moi, j'ai constaté qu'il ne comportait aucune mention usuelle : ni maison d'édition, ni date, ni ville, ni même pays. On se contentera d'estimer qu'il a paru dans la seconde moitié du vingtième siècle et dans l'hémisphère Nord de la planète Terre, quelque part entre le Maroc et Oman. Sur la couverture, le titre est complété d'une indication quelque peu délabrée: «Preparé par une groupe spécialistes». De même à l'intérieur, on découvre des formules approximatives, allant de la conjugaison du «verve Aimmer» à des néologismes tel le commerce de la «Nettoyerie», en passant par des tournures inattendues, comme la question «Qu'allez-vous?» Cet usage irrégulier du français ne gênerait pas trop, s'il ne jetait le discrédit sur les traductions en arabe, dont je ne peux juger la fiabilité. C'est dommage, car l'opuscule est par ailleurs bien conçu, avec un choix judicieux d'expressions dont on a souvent besoin en voyage, et même dans la vie courante : «Vous vous moquez de moi ... Je vous ai déjà payé ... Au secours! Au voleur! ... Laissez-moi passer ... Je ne vous ai rien fait ... Je ne vous connais pas ... Laissez-moi tranquille!» Et l'on n'omet pas de rendre service à l'homme de lettres : «Apportez-moi de quoi écrire!» («Ohder li baod adawat alkitaba!»).