9761372_109975988573Dernièrement, comme je me sentais disposé, je me suis lancé dans la lecture des Journaux de guerre 1939-1948 d'Ernst Jünger, un volume que l'on m'avait offert il y a trois ans. Je sens que je vais passer l'hiver à ronger lentement ce pavé de mille pages, comme j'avais passé l'hiver dernier avec les Lettres de Céline, et cette perspective ne me déplaît pas. On dira grosso modo que Jünger subjugue par ses éminentes qualités de soldat intello versé dans les sciences nat, et qui raconte ses rêves. Il y a d'ailleurs un climat onirique dans la réalité même du pays qui se présente à ses yeux pendant la guerre de 1940, avec les zones évacuées par les civils, les maisons et les jardins abandonnés, les animaux morts dans les cours et sur les routes, les lapins envahissant les chambres, la viande pourrissant dans les boucheries, et les découvertes miraculeuses. Comme pour saluer ce début de lecture, m'est justement venu en rêve une rapide vision liée aux animaux. Je manipulais des jetons plats comme des dominos, mais carrés comme les dés. Ils étaient faits d'une matière précieuse, blanc crème, façon ivoire, et figuraient en leur centre la silhouette brune d'un sanglier. L'idée du sanglier vient de ce que je m'étais fait peu avant la réflexion, je ne sais plus à quel propos, qu'il forme une catégorie absente de la faune nord-américaine, par ailleurs assez semblable à celle de l'Europe.