lundi 24 octobre 2011

post scriptum sur les lettres de céline

59785618_pJ'ajouterai quelques remarques à ma note de décembre dernier sur l'excellent volume des lettres de Céline paru dans la Pléiade.

Une remarque de correcteur, tout d'abord. On fait suivre d'une version française en petits caractères les quelques lettres de Céline écrites en anglais. Les circonstances de la préparation du volume expliquent sans doute l'erreur manifeste dans la traduction au moins de la lettre de mai 1933 à Cillie Ambor (p 371) où l'on rend les «you» par des «tu» comme si le maître tutoyait sa maîtresse autrichienne. Or il est évident qu'il la vouvoie dans toutes les lettres qu'il lui a écrites en français, avant et après cette date.

Je me suis amusé à recopier dans un fichier de quelques pages () les phrases qui m'ont le plus frappé, à divers titres. Inutile de les commenter, je me contente de les relire et de les ruminer à l'occasion. Je signale juste à l'intention de ceux qui craignent l'humidité ces deux superbes arguments. En février 1946, alors qu'il est en prison à Copenhague, et que la zélée Lucette lui apporte plus de linge propre qu'il n'en faut, il explique : «Ne m'envoie plus de linge non plus, il m'embarrasse (...) Je salis très peu» (!). Ce "je salis très peu" m'enchante, pour tout dire je m'en suis déjà resservi. Mais je n'ai pas encore osé recourir à la sentence de février 49 sur le même sujet, quand il est hébergé au bord de la mer : «Lucette se baigne dans la Baltique hiver comme été, moi je ne me lave plus jamais. Mon âme purifie tout.» (!!) Je la garde pour une grande occasion.

Enfin je me suis rappelé avoir remarqué, du temps de mes lectures de jadis, l'incommunication absolue, l'étrangeté totale de l'univers de Céline et de celui des situationnistes. Que le premier n'ait pas connu les seconds n'étonne guère. Mais que ceux-ci, pourtant si bavards, et d'ailleurs prompts à l'invective, n'aient jamais dit un mot de celui-là, est notable. Etaient-ils muets de dégoût? D'admiration gênée? J'ai en tout cas du mal à croire qu'ils ignoraient son existence, mais ils n'en ont jamais parlé. Je découvre dans ce livre un lien ténu et inattendu de Ferdine à l'IS, dans les quelques lettres de 1955-57, d'ailleurs sympathiques, à Jacques Ovadia, qui fut membre de la confrérie gauchiste, et je crois son représentant de la «section israélienne». (On trouve ici ou un témoignage d'Ovadia sur leurs relations).

Posté par Ph B à 08:07 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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Commentaires sur post scriptum sur les lettres de céline

    Vaneigem cite Céline dans le "Traité".

    Posté par Blezel, mercredi 26 octobre 2011 à 22:02 | | Répondre
  • Vous me l'apprenez, merci.

    Posté par Ph., jeudi 27 octobre 2011 à 09:00 | | Répondre
  • Debord appréciait Céline. Il a d'ailleurs correspondu avec Nicole Bley (volume 7 de la correspondance de Debord), auteur d'un très bon "Il était une fois... Céline". N. Bley aurait d'ailleurs voulu que Debord préfaçât son livre.

    Cela dit, je ne vois pas pourquoi les situationnistes auraient dû parler de Céline...

    Posté par Blezel, jeudi 27 octobre 2011 à 21:22 | | Répondre
  • Cher lecteur inconnu, je n'ai aucunement dit que les situs «auraient dû» parler de Céline. Je m'étonnais simplement qu'ils ne l'aient pas fait, alors qu'ils ont été assez bavards vis-à-vis de leurs autres contemporains, comme en témoignent les quarante (40) pages de l'«index des noms cités ou insultés» dans l'IS, compilé par Raspaud & Voyer en 1972. Et je m'en étonnais en le regrettant un peu, d'une certaine façon.
    Aujourd'hui à vrai dire la question ne me préoccupe plus beaucoup, mais j'en parle en souvenir de l'époque lointaine où j'éprouvais une sympathie parallèle et contradictoire pour Céline et pour les situs (que j'ai d'ailleurs lus dès le milieu des années 70, avant de découvrir Céline) et où je regrettais cette absence de confrontation entre leurs visions critiques très incisives mais très différentes.
    Ceci dit, merci de vos remarques érudites, qui permettent de nuancer mes formulations, sans toutefois les invalider, puisqu'il n'existe en effet pas la moindre référence à Céline, positive ou négative, dans aucun numéro de la revue Internationale situationniste, publiée de 1958 à 1969, et que les mentions dont vous faites état sont tout de même, vous me l'accorderez, rarissimes et ultra-marginales.
    Je garde un souvenir très flou de ma lecture du Traité de Vaneigem, lu lui aussi il y a bien longtemps, et peut-être pas jusqu'au bout. Je dois dire que Vaneigem ne m'a jamais inspiré que de l'ennui. Il lui a toujours manqué ce qui fait que l'on peut encore lire Debord après que l'on a cessé de croire à ses idées, à savoir ce qu'on appelle communément le style.
    Je n'ai jamais ouvert la correspondance de Debord, qui a commencé de paraître à une époque où je ne m'intéressais plus assez au bonhomme. Mais je crois savoir que le volume dont vous parlez contient les lettres de ses dernières années de vie, c'est-à-dire du temps où lui-même ne croyait plus beaucoup en ses propres idées.
    Si vous avez le temps et la patience, nous copieriez-vous pas des citations?

    Posté par Ph, vendredi 28 octobre 2011 à 09:40 | | Répondre
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