california_mapDans le genre pas très marxiste, j'ai aussi lu un livre sur un sujet peu commun, Açorianos na California ("Açoriens en Californie") publié par le professeur Eduardo Mayone Dias en 1982. Depuis le XIXe siècle une communauté d'émigrés portugais s'est installée en Californie. La plupart venaient des Açores, d'où ils fuyaient la misère pour tâcher de faire fortune en Amérique dans l'agriculture, l'élevage ou la pêche. Ils arrivaient en ignorant l'anglais, en ne sachant parfois pas même écrire leur nom, et en possédant juste de quoi se payer le train pour traverser le pays depuis la côte est. Infatigables, ils étaient capables de travailler des mois ou des années de suite sans prendre un jour de congé, à des tâches rudes comme de traire les vaches, et parvenaient ainsi d'abord à rembourser leur voyage, puis à accumuler de quoi se mettre à leur compte en achetant de la terre, un troupeau ou un bateau. Le volume de 400 pages comporte une introduction d'une soixantaine de pages, le reste étant la transcription de treize entretiens enregistrés avec des self-made-men octo ou nonagénaires, arrivés vers le début du XXe siècle en Californie où ils ont réussi, en partant de rien, à monter peu à peu des entreprises de taille considérable. Ils s'expriment simplement, dans un portugais familier, émaillé d'anglicismes. Moi qui aurais été bien incapable d'une telle opiniâtreté, j'admire la rigueur de ces gens, leur discipline, leur sens clairvoyant de l'économie, leur capacité à se sortir les doigts du cul et à bosser, au lieu de croupir et de pimer comme tant d'autres. L'introduction signale que cette communauté luso-californienne, marquée par le conservatisme politique et un faible indice de criminalité, refuse d'être classée officiellement comme minorité ethnique, malgré les avantages d'un tel statut, arguant que "les Portugais n'ont jamais eu besoin de demander la charité à personne". Comme on dit, c'est pas des rappeurs...