bresil21Je viens de lire en m'ennuyant un peu, et en sautant des pages, Le métissage au Brésil, par un certain Arthur Ramos, anthropologue. L'auteur examine les différentes races présentes dans le pays, rappelle l'histoire démographique (colonisation, esclavage, immigration), détaille les types de métis, et passe en revue les écrivains qui ont déjà traité du sujet. Ce livre a paru il y a plus d'un demi-siècle, en 1952, mais il ne m'étonne pas qu'il ait été récemment réédité, car il est tout à fait dans l'air du temps présent. En effet il ne s'agit pas seulement d'une étude «scientifique» sur le métissage, mais aussi, à l'évidence, d'une oeuvre de propagande pour le métissage. De là un ton sentencieux de catéchiste faisant l'éloge répété du mélange : le type brésilien résulte d'une «union harmonieuse de races et de cultures» (p 33), Hawaï offre «un autre exemple magnifique de métissage» (p 47), les métis présentent un «aspect général florissant» (p 41) et des «types aux traits harmonieux» (p 47), et l'on croit même constater une certaine «supériorité des types métis, révélée à travers leur vigueur hybride» (notamment leur fécondité et leurs caractères physiques, p 52). Je retire de cet exposé l'impression éblouie que les hommes des différentes races sont égaux, à l'exception toutefois des métis, qui sont légèrement über alles. Et si quelques observations sur le quotient intellectuel ou l'indice de criminalité peuvent laisser croire que le mélange a parfois des ratés, tout s'explique en fait par les «conditions sociales» et les «facteurs culturels», qui n'ont bien sûr rien à voir avec l'héritage biologique. Quant aux malheureux auteurs qui se sont hasardés à des remarques déplaisantes sur la qualité des hommes, ou qui considèrent le métissage brésilien avec pessimisme ou perplexité, ils sont mitraillés avec toute l'artillerie classique de la rhétorique humaniste : il est inutile et même dangereux de lire leurs pensées car elles ne sont que préjugés, légendes, stéréotypes, clichés, généralisations hâtives, idées préconçues, affirmations erronées et opinions toutes faites. Nous voilà édifiés.