Hier soir j'ai dîné seul en écoutant «On refait le monde», sur RTL. Cette émission peut être le lieu de vifs échanges, mais là pas de bol, les trois orateurs étaient tous entièrement d'accord, pour considérer que les mesures envisagées par le président pour réprimer la délinquance et la criminalité d'origine étrangère étaient la pire solution possible, à un problème qui n'existait d'ailleurs pas vraiment. Et ce n'était pas l'animateur à quatre pattes sous la table, qui les contredisait. Cela donnait un «débat» consensuel, façon humaniste, tout en menus ronchonnements rataplats.
Coup double. A quelques jours d'intervalle des amis du nord, partant en vacances vers le sud, ont fait halte une nuit chez moi, puis des amis du sud, partant en vacances dans le nord, ont fait de même. Au passage ils m'ont gentiment offert, qui une bouteille de calvados, qui une d'armagnac. Le parallélisme de leurs gestes était souligné par la similitude du triple emballage : boîte en carton, papier-cadeau, sac en kraft.
A ce sujet j'observe le destin différent de ces deux noms d'alcools, pourtant d'égale longueur : calvados s'abrège souvent en «calva», mais je n'ai jamais entendu parler d' «arma».
Vendredi dernier, l'ami Talmont étant venu déjeuner, je l'ai emmené après le café faire un tour dans les bois. A la Rigeasse, comme je lui montrais un petit peuplier que j'ai planté récemment, je me suis aperçu que nous étions observés par un hibou moyen-duc, posé tout près de nous, à pas même trois mètres de hauteur. C'était la première fois que je rencontrais ce bel animal. Le perchoir doit lui être familier, car j'avais remarqué depuis quelque temps le sol constellé de chiures à cet endroit. J'ai lu ensuite dans le guide des Rapaces nocturnes de Théodore Mebs, que dans la journée cet oiseau a en effet coutume de se tenir ainsi «dressé, sur une branche d'arbre (en l'occurrence un orme), tout près du tronc», et que la position relevée de ses aigrettes était un signe d'inquiétude. Il est resté une bonne trentaine de secondes immobile avant de s'envoler.
Cette saison me permet d'en avoir le coeur net : les cornouillers de la Rigeasse sont des cornouillers dits «mâles» (Cornus mas) à grosses drupes rouges, ceux de Volebière des cornouillers sanguins (Cornus sanguinea) aux fruits plus petits et noirs, comme ceux de Cunèges. Collectionner les arbres demande un peu de métier, l'air de rien.