guilletJ’étais depuis longtemps curieux de connaître l’écriture de Christian Guillet, dont André Blanchard dit grand bien dans ses carnets. Né en 1934, Guillet a écrit une autobiographie parue tout au long de sa vie en neuf tomes (dont les éditions L’Age d’Homme ont réédité l’intégralité en trois volumes, et par ailleurs un volume d’extraits choisis). J’ai eu récemment l’occasion de lire la sixième livraison, L’adoration perpétuelle, publiée en 1979 chez Flammarion. J’y découvre un excellent prosateur, intelligent et stylé. Il n’est pas toujours facile à lire, je dois parfois m’y reprendre et je suppose que ce ne sera jamais un écrivain populaire, d’autant qu’il s’agit d’un réac-misanthrope de première catégorie, que les médias entourent donc d’un silence à peu près parfait. Il faut dire que ses piques sur les «enseignants qui aiment dans leur métier toutes les heures qu’ils n’y passent point» ou les «étrangers (prouvant) que ce sont en général les pires individus qui désertent leur patrie» n’ont pas tout pour se faire bien voir aujourd’hui. L’auteur est méconnu, j’ai constaté que Wikipedia l’ignore et que ses livres sont absents de la si bien fournie librairie Mollat. On trouve en ligne sa Radioscopie, dont on peut écouter gratis les dix premières minutes. Ce document intéressant me déçoit un peu. Guillet y vante l’originalité de ses chroniques personnelles, rédigées avec plus de distance par rapport aux événements qu’il n’y en aurait dans un journal intime, et moins que dans des mémoires écrits dans la vieillesse. Cette originalité peut être réelle, mais à mes yeux ce n’est pas elle qui fait le charme du texte. De même Guillet insiste sur le fait qu’il n’est qu’un homme banal, ayant la même expérience que tout un chacun, or je crois au contraire que sa personnalité attache parce qu’elle est hors du commun.