patienceLe second roman publié par Lucien Suel aux éditions de La Table Ronde, La patience de Mauricette, a comme le premier pour protagoniste une personne âgée, cette fois-ci une dame. L’action se déroule au moment où le récit est écrit, en 2008. Mauricette Beaussart, née en 1933, a 75 ans (l’âge qu’aurait eu également mon défunt père, né la même année, ce détail me pique) et l’âme froissée par certains accidents de la vie, quand elle disparaît de l’hôpital psychiatrique où elle est soignée. Le jeune ami qui part à sa recherche est amené à reconstituer l’histoire de sa personnalité perturbée. J’imagine la satisfaction de Lucien à couronner par un livre entier le travail de fiction qu’il a entrepris de longue date avec ce personnage, dont il s’est servi épisodiquement comme d’un masque littéraire féminin depuis une vingtaine d’années. Ceux qui suivent son travail régulièrement retrouveront mentionnés des événements qui ont réellement eu lieu au fil du temps, comme les publications de textes sous ce faux nom dans Le Dépli amoureux, au Corridor bleu ou aux éditions de Garenne, ou encore l’ouverture puis la fermeture du blog Etoile Point Etoile. L’ouvrage retient moins par le suspense, cependant pas inexistant, que par l’agrément du portrait longuement tissé, d’une plume sûre, comme en un jeu de patience (avec qui sait la patience emblématique de ce personnage, qui compose un sonnet par semaine au rythme de deux vers par jour). Les chapitres narratifs alternent avec des monologues intérieurs qui transcrivent la pensée bizarre de Mauricette, parfois ornée d’un joli néomot comme «Psychérie». Je partage avec elle un goût des alexandrins qui nous conduit à en déceler y compris dans des énoncés prosaïques (elle a repéré le beau «Ne jamais laisser à la portée des enfants»). L’auteur s’amuse à citer ici et là des références qui lui sont chères, allant des disques de Coltrane au nombre 23 (comme par hasard celui d’un Psaume cité). Une saine lecture.