Je suis tombé deux fois sur un hérisson, des soirs de juin, dans le jardin. Je ne l’ai plus revu après que l’herbe eut été coupée.
Comme il a peu plu et qu’il n’a pas fait très chaud, je n’ai pas beaucoup arrosé, je n’ai donc pas épuisé mes réserves d’eau récupérée pendant l’hiver, occasion que j’attends d’ordinaire pour changer celle du bassin, car je peux ainsi remplir mes bidons et tonneaux avec sa vieille eau. Mais l’été n’ayant pas été assez estival, je n’ai pas encore vidé le bassin cette année, ça doit maintenant faire deux ou trois ans, ni procédé à l’inventaire de la poiscaille rendu alors possible, pour  savoir combien ils sont, et décider lesquels je garde ici ou remets dans une rivière. La situation semble être la suivante : le plus grand poisson est la seule carpe, une carpe koï bariolée orange et noir d’au moins 25 cm de long, il y a six poissons «rouges» (dont deux vraiment rouges, trois jaunes et un noir), une douzaine de poissons gris de dix centimètres de long (qui doivent être d’anciens alevins de poissons rouges ayant repris leur teinte naturelle), et un nombre indéterminé, peut-être une vingtaine de gambusies péchées en juillet dans un canal à côté de Saint-Savinien (les femelles font peut-être 4 cm de long, les mâles la moitié, leurs petits sont vraiment minuscules).
J’ai sauvé in extremis la vie de deux des poissons, qui avaient sauté hors du bassin et que j’ai retrouvés sur la pelouse alors que je sortais par hasard dans le jardin quelques secondes ou minutes après. Le premier, un matin de juin, était le plus grand des poissons rouges, il doit faire dans les 15 à 20 cm, il ne bougeait déjà plus, et il n’a réapparu à la surface que de longues minutes après que je l’eus remis à l’eau. Il a l’air vieux, ce doit être le doyen du banc et je pense qu’il est maintenant aveugle, il vient manger quand il sent que tous les autres sont agités parce que je distribue, mais il gobe au hasard ce qui se présente devant lui et passe à côté de parcelles d’aliments qu’il ne voit évidemment pas. L’autre rescapé fut la carpe koï, plus tard dans l’été. Elle gigotait encore mollement dans l’herbe, la chatte Foxie était assise à côté et regardait ce spectacle qui la fascinait.
Ce bassin sert d’abreuvoir et de baignoire aux oiseaux. Les merles y viennent en groupe, le matin et le soir, parfois six ou sept en même temps, je suppose que c’est une famille, la plupart sont des merleaux aux plumes encore brun roux. Les tourterelles du quartier aussi, font une descente de temps en temps, depuis le perchoir des fils électriques. Plusieurs fois j’ai vu, à la place des tourterelles turques habituelles, une tourterelle des bois, au plumage plus sombre et ocellé, et au cou orné de petites griffures noires au lieu d’un collier. Dans les moments de chance, j’examine ce petit monde à la jumelle, depuis ma table à manger.
Un matin Foxie a failli me faire gerber mon café en arrivant avec dans la gueule pire qu’un chardonneret mort, un chardonneret moribond, qui avait encore des soubresauts. Rien de tel que le spectacle de la nature, pour s’en dégoûter. Ou pour réfléchir, au moins.