mercredi 30 avril 2008
Le cinéma de A à E
Films vus en avril :
* de Mel Gibson, Apocalyto (2007). C’est naïf, c’est balourd, c’est invraisemblable, mais c’est une histoire de chasse à l’homme assez prenante, après les mollasseries du début, et c’est un beau livre d’images. B.
* de Geert Wilders, Fitna (2008). Un pamphlet cinématographique contre l’intolérance musulmane. C’est bref (un quart d’heure), courageux, sobre mais soigneusement réalisé, et cinglant comme il convient à un pamphlet. B.
* de Martin Scorcese, Who’s that knocking at my door (1968). Film esthétisant un peu ennuyeux, malgré le plaisir de voir Harvey Keitel tout jeune. D.
* de Marcel Pagnol, Le Schpountz (1938). Bon film. B.
* de Steven Spielberg, Duel (1971). J’avais découvert ce film à sa sortie quand j’étais encore lycéen et Spielberg peu connu, j’ai dû le revoir une deuxième fois depuis et je le retrouve encore sans ennui, cette histoire simple me plaît, même maintenant que ce n’est plus le suspens qui me retient. B.
* de Jean-Louis Trintignant, Une journée bien remplie (1973). C. Ayant emprunté un dvd défectueux, je n’ai pu voir en entier ce film dont l’humour noir esthétisant me laisse plutôt froid, mais il est assez agréable à découvrir et Dufilho y joue le rôle principal, ce qui est un plaisir. C.
* de Henri Verneuil, Le boulanger de Valorgue (1952). Encore une bonne vieille Fernandellerie qui m’enchante. Indépendamment de la qualité cinématographique (en l’occurrence pas mauvaise, Verneuil a fait bien pire), je garde une nostalgie inconsolable pour la France villageoise des années 50 telle qu’elle est dépeinte, et qui semble plus révolue que jamais. B.
mardi 29 avril 2008
Jamais content
Pour quelque raison je me suis aussi engagé à relire ma thèse, du moins je la survole en rase-mottes, huit ans après la soutenance, et cela me met mal à l’aise. Non que je la renie, mais je n’arrive pas à m’en sentir pleinement satisfait. Je m’aperçois que j’éprouve envers elle exactement le même sentiment qu’envers ma cabane, dans le bois de Cunèges. Elle n’est pas mal conçue, et rend bien service, mais si elle était à refaire, je ne peux m’empêcher de penser que je m’y prendrais autrement. Ce qui n'est peut-être qu'illusion...
lundi 28 avril 2008
Gironella etc
Par une sorte de convergence inattendue, plusieurs tâches livresques me tombent dessus en même temps et occupent mes soirées. Entre autres j’aide un vieil ami à indexer et corriger un volume de ses mémoires, dont la parution est imminente. J’en profite pour m’instruire. Il parle à un moment de certain romancier espagnol qui m’est parfaitement inconnu, José María Gironella. Je me renseigne dans une bibliothèque ibérique, où j’ai mes habitudes, et naturellement j’interroge saint Google. Gironella (1917-2003) qui a combattu dans les rangs franquistes, a surtout écrit des fictions inspirées de la guerre civile, très documentées, paraît-il brillantes et non dogmatiques. Il a connu un grand succès public dans les années 60-70, y compris en traduction. Hemingway aurait salué son talent. Comme il était de droite, on tend à l’oublier aujourd’hui. J’ai l’occasion d’examiner quelques volumes de ses œuvres, que je ne lirai pas, parmi lesquels d’énormes pavés avec de beaux titres, Los cipreses creen en Dios, Un millón de muertos... Je feuillette un peu plus lentement un volume d’essais, qui contient des récits de voyage, dont un à Cuba, puis un recueil de morceaux choisis. J’épingle son questionnaire de Proust dans ma collec de traductions.
Pour peaufiner l’index, je recours à la fonction Rechercher, dont je ne suis pas familier. Je m’aperçois que le cas échéant, l’ordi m’indique aussi les occurrences où le nom d’un personnage est inclus dans un mot plus long. Je m’amuse ainsi à retrouver le général Lévi planqué dans la téLEVIsion, le baron de Spens dans indiSPENSable, ou Roland Tual dans les acTUALités.
jeudi 24 avril 2008
Société du spectacle
J’aime assez la gigantesque pantomime à laquelle se livrent actuellement dans le pays les différentes cliques de ceux-qui-s’occupent-de-nous. Les patrons et la CGT font semblant de ne pas être main dans la main alors qu’ils rivalisent d’immigrationnisme, les médias font semblant de croire que les immigrés clandestins aident l’économie par les impôts qu’ils payent, les immigrés font semblant de se demander si oui ou non ils vont être une fois de plus régularisés par milliers, le gouvernement fait semblant de gouverner et le ministre de l’immigration veut faire semblant de ne pas être un simple pantin. Ne cherchez plus Guignol, il est là.
samedi 19 avril 2008
Sémiotique du Schpountz
L’autre soir j’ai visionné Le Schpountz, excellente œuvre de Pagnol, où l’on a parmi cent autres la joie d’entendre l’exquis Fernandel prononcer Olivode le nom de Hollywood, ou évoquer les difficultés qui lui sont «suscitées par une influence secrète et subtile».
J’ai remarqué dans la première scène ce propos de l’oncle (Charpin), «Voilà dix francs pour tes menus plaisirs. N’écoute pas les sarcasmes de l’Inutile...», qui me rappelait le souvenir de certain chroniqueur.
Je me demande pourquoi le cinéaste nous laisse entrevoir brièvement, sur le mur latéral de l’épicerie, côté rue, le graffiti à demi effacé d’une grande faucille avec marteau. Quant aux affiches pour la «bière Marx», visibles dans certaines scènes, est-ce un autre symbole communiste, ou la marque existait-elle réellement et s’agit-il juste d’un sponsor ?
vendredi 18 avril 2008
Aimer Césaire ou pas
La disparition d’Aimé Césaire me rappelle le souvenir de la seule fois où j’ai essayé de lire ses œuvres. C’était il y a un peu plus de dix ans et je rouvre aujourd’hui la Lettre documentaire n° 220, de janvier 1997, dans laquelle j’avais brièvement consigné mes impressions. La poésie de ce génie m’avait paru «vraiment chiatique, facile et boursouflée». Après une telle expérience, je comprends pourquoi je ne suis jamais retourné y voir. Le président de la République en fait paraît-il grand cas, mais comme j’ai déjà remarqué plusieurs fois que nous n’avions pas les mêmes goûts, ce nouveau point de désaccord ne me surprend pas.
jeudi 17 avril 2008
Bac blanc.
EXERCICE. Transformez des blagues sur les blondes en y remplaçant le mot «blonde» par «crépue», et analysez le résultat. Expliquez pourquoi c’est raciste dans un cas, et dans l’autre non.
mardi 15 avril 2008
Rio et Canéjan
J’ai tenté de résoudre à peu près au même moment ces deux énigmes naturalistes, le mois dernier.
D’une part, je repensais à l’espèce de petit oiseau blanc avec un peu de gris, qui se tenait sur le sol, à Rio de Janeiro, l’été dernier, et que je n’ai pas su identifier. Comme j’en ai aperçu plusieurs fois en quelques jours, je suppose que ce n’est pas une rareté, et que n’importe quel connaisseur local en aurait une idée assez précise. J’ai donc cherché sur le net l’adresse électrique d’un ornithologue de là-bas, pour lui poser la question.
D’autre part, j’ai remarqué, au bord du sentier partant au nord-ouest du Lac Vert, à Canéjan (dans la banlieue de Bordeaux), un pied de houx hors du commun, et qui doit être assez ancien, car le tronc est si gros que je n’en fais pas le tour avec mes deux bras. Voulant m’assurer que ce spécimen était protégé, ou au moins signalé, je me suis adressé à une association spécialisée dans les arbres remarquables, à qui j’ai demandé les coordonnées d’un correspondant local, et je me suis fendu d’une lettre à ce dernier, pour lui exposer ma découverte.
Dans les deux cas, aucune réponse. J’en suis désolé, mais j’abandonne. Et c’est peut-être tant mieux : il faut bien que le monde garde un peu de mystère, non ?
lundi 14 avril 2008
Sculptectures
Peu de gens y auront accès en France, mais je voudrais signaler à toute fin l’existence d’une belle somme consacrée aux «facteurs Cheval» d’Espagne, intitulée Escultecturas margivagantes : la arquitectura fantástica en España, publiée sous la direction de Juan Antonio Ramírez aux éditions Siruela (Madrid, 2006). C’est un robuste volume de plus de 450 pages, de format presque carré, sous couverture rigide. Le premier mot du titre est un néologisme dont l’équivalent français serait «sculptectures», soit des œuvres hybrides de la sculpture et de l’architecture, réalisées par des naïfs sans formation artistique mais hantés par le démon de la maçonnerie ou de l’aménagement de l’espace. L’ouvrage s’ouvre sur une étude générale du phénomène, puis expose une soixantaine de cas, en autant de chapitres, rédigés par une quinzaine d’auteurs, et distribués en une dizaine de parties thématiques (les jardins pittoresques, les maisons personnelles, les bâtiments d’inspiration religieuse, etc). Les photographies sont nombreuses mais petites, plus ou moins bien disposées, et non légendées, ce qui en limite l’attrait. Les réalisations présentées sont réparties dans toutes les provinces du pays, et jusque dans ses îles. Quelques unes sont à mon sens de purs désastres, comme le véritable furoncle architectural de la maison de Can Miró à Majorque, ou certains dépotoirs à prétention artistique. Mais on est indiscutablement conquis par le charme de plusieurs constructions, au premier rang desquelles la «cathédrale inachevée» de Mejorada del Campo (à qui on fait d’ailleurs l’honneur de la couverture), le «château immense» de Terrassa (un bâtiment hétéroclite occupant tout l’espace entre quatre rues) ou encore les rochers sculptés de Buendía.
jeudi 10 avril 2008
Occupations
Voilà quelques semaines, pour la deuxième fois en deux ans, je suis allé vider la bibliothèque privée d’un professeur décédé, cela au bénéfice de l’institution publique où je travaille. C’est une mission tout à la fois passionnante et quelque peu sinistre. Comme par ailleurs une de mes tâches est de gérer au fil du temps les stocks de livres, que nous fournissent régulièrement les veuves et les orphelins des savants disparus, j’ai par moments le vague sentiment de remplir la fonction d’une sorte de croquemort intellectuel. Fort heureusement les premiers éclats du printemps apportent dans mon âme un peu de joie et de réconfort. Le temps redevenant plus clément, les oiseaux du campus n’ont plus besoin de l’aide alimentaire que je dispose à leur intention, pendant l’hiver, sur le large bord de la fenêtre de mon bureau. Je continue cependant de les approvisionner, pour le plaisir de leur compagnie, et dans le secret espoir de revoir, un jour ou l’autre, les plus rares visiteurs, rouge-queue à front blanc ou mésange huppée. Et tout simplement parce qu’il est agréable de se sentir nourricier. De même avec les livres des morts. Pour libérer de la place, je suis chargé de vérifier dès que possible quels sont les ouvrages que nous possédons déjà et dont nous pouvons nous séparer. Le plus souvent, nous les déposons sur un rayonnage particulier, où les enseignants qui en ont besoin peuvent venir se servir. Je donne ainsi la becquée d’une main aux profs et de l’autre aux piafs.
