Le nouvel obscurantiste

Journal documentaire de Philippe Billé. Des notes de lecture, et des notes du reste (Philologie de proximité, misanthropologie, désenvoûtement, broutilles).

lundi 7 avril 2008

Souvenir de conduite (bis)

Un de mes pires souvenirs de conducteur date je crois du début de l’été dernier. Un soir que je venais d’arriver en Charente pour y passer le week-end, j’ai trouvé dans mon courrier une amende à payer, 135 euros parce que j’avais commis le grave délit, quelques semaines auparavant, d’entrer dans un village désert à la vitesse de 56 km / heure. Je préfère ce genre de tuile à une collision, ok, mais tout de même, je n’arrive pas à m’en remettre. Qu’un pilote prudent comme je suis, et plutôt lent, et qui n’a pas eu d’accident en trente ans, se fasse racketter de la sorte et sous un prétexte aussi foireux, ça ne passe pas. Je sais que tout le monde est à la même enseigne depuis quelque temps, depuis que l’on applique la Grande Sévérité Routière. Je vois une double anomalie dans ces nouvelles dispositions draconiennes, qui ne sont qu’en partie justifiées. D’une part, les interdictions elles-mêmes, car comme tous ceux qui conduisent tant soit peu l’ont constaté, les limitations de vitesse sont souvent excessives : combien de sorties de village, combien de virages en rase campagne où la limitation à 50 est évidemment inutile. D’autre part, que l’on soit d’accord ou pas avec ces règles, le prix exorbitant des sanctions. Dans le cas cité, où une amende de 13,50 euros m’aurait paru suffisamment déplaisante et mémorable, pourquoi précisément 135 euros ? et pourquoi pas 1350, pendant qu’on y est, puisque c’est pour «la sécurité» ? Quand la gendarmerie est aussi zélée pour tondre le conducteur, alors qu’elle est si mesurée quand il s’agit de maîtriser la racaille, il est évident que ce que recherche l’état, ce n’est pas la sécurité, mais tout simplement le pèse. Je suis surpris que ça n’ait pas l’air de révolter grand monde. J’en vois l’indice dans le taux potentiellement élevé de participation aux élections, comme ce fut le cas aux présidentielles de l’an dernier. Car dans à peu près tous les cas, si je ne m’abuse, voter, c’est voter pour quelqu’un qui est d’accord avec ces règles, qui a peut-être même participé à leur mise en place, ou qui à l’occasion favorisera leur renforcement, alors que ce quelqu’un est souvent quelqu’un qui ne se déplace guère en voiture, ou alors avec un chauffeur, et qui dans tous les cas a largement les moyens de payer des amendes, ou tout simplement de les faire sauter. Il faut vouloir continuer de jouer à ce petit jeu. Personnellement, j’ai du mal.

Posté par Ph B à 08:57 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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