Sur les INDIENS JOVA du SONORA, par Juan NENTUIG.

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Plus frustes et agrestes sont les Jovas, en particulier la majorité d’entre eux, qui ne veulent pas se contraindre à vivre en villages, car à part ceux qui sont installés à Ponidas, Teopari et Mochopa, ils préfèrent vivre dans les ravins de la montagne où ils sont nés. Ils restent insensibles à la sollicitude que l’on a pour eux, et ne prisent pas les bons traitements, les commodités qu’on leur procure afin de les retenir, même quand on a pu les attirer et les rassembler en villages, comme il est arrivé au père Manuel Aguirre, missionnaire à San Luis Gonzaga de Bacadeguatzi, avec ceux du campement de Satechi, ceux des rives de la rivière des Mulâtres et ceux de la rivière des Anneaux, qui vivent dans les broussailles et les halliers, subsistant de racines, d’herbes et de fruits sauvages, leurs semailles se limitant à quelques plants de maïs et à quelques citrouilles et pastèques, là où elles veulent bien pousser dans les défilés par où lesdites rivières sillonnent ces montagnes.

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Leur principale industrie est de fabriquer des nattes, nommées hipet en opata, à partir des nombreux et excellents palmiers qui poussent sur leurs terres, et ils viennent les vendre dans les villages des environs, contre des graines et des vêtements. Ils se contentent de peu, car en général la couverture que les femmes s’ingénient à tisser à leur façon, avec la laine des quelques brebis qu’ils élèvent, sert aussi bien à l’homme de cape, de pourpoint et de culotte, et à la femme de châle, de robe, de chemise et de corsage. Leur bon côté, c’est qu’ils ne sont pas nuisibles, et ne s’en prennent pas aux vies ni aux biens de ceux qui sont installés. Ils ne se montrent hostiles et redoutables qu’avec les Apaches et l’un d’eux, en 1760, ayant été surpris avec sa femme et ses trois petits enfants, s’est battu contre sept Apaches depuis le lever du soleil jusqu’à bien tard, tuant quatre d’entre eux, et c’est seulement parce que les forces ont fini par lui manquer, du fait qu’il était à jeun, qu’il a dû mourir entre les mains des trois Apaches restants, ainsi que sa femme et ses enfants. Cet Indien s’appelait Salvador.

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Le poison dont ils enduisent la pointe de leurs flèches est si mortel, qu’il tue aussi bien le blessé que celui qui le soigne si, comme le font communément les Indiens, le guérisseur suce la plaie. Ainsi sont morts il y a quelques années cinq ou six Apaches, qui après s’être battus avec deux ou trois Jovas à qui ils ont enlevé une femme, comme trois d’entre eux avaient été blessés et que les autres les soignaient, le venin s’est emparé de tous et les a tués, de sorte que la captive a pu s’enfuir et que l’on a su ce qui s’était passé. Plaise à Dieu que l’on trouve quelque moyen de faire que ces misérables quittent leurs ravins et viennent s’installer sur des terres où ils puissent être administrés, et mieux instruits en notre sainte foi, car à cela leur territoire n’est pas propice, ni à pratiquer l’agriculture, ni à mener une vie humaine et politique.

Paragraphes 182-184 du Rudo ensayo : descripción geográfica, natural y curiosa de la provincia de Sonora, de Juan Nentuig, S.I. (1764), traduits de l’espagnol par Philippe Billé d’après l’édition de México : SEP-INAH, 1977.