Trois FRAGMENTS de NENTUIG sur les INDIENS du SONORA

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144

Bien que leur entendement, comme il a été dit, soit en friche, l’œuvre incessante de l’enseignement peu à peu leur extirpe la mauvaise herbe, et ils se rassemblent même en des républiques aussi politiques qu’il est permis à de telles âmes, et en outre chrétiennes. Nous observons ce résultat grâce à Dieu chez les nations Opata et Eudebe, car étant les plus appliquées à la culture de la terre et à l’élevage de quelque bétail, ces gens sont aussi les plus fidèlement attachées à leurs villages, et par conséquent les mieux instruites des mystères de notre sainte foi. Il est vrai qu’il faut une considérable ténacité pour leur faire renoncer, en ce qui concerne les articles et les mystères de la foi, à certaine répartie que doit probablement leur avoir inspirée l’ennemi du genre humain, car quoi qu’on leur dise, et n’importe qui le leur dise, si c’est quelque chose qu’ils n’ont vue de leurs yeux, ils répondent seporema denithui : tu dis peut-être vrai. Et tant que le missionnaire n’est pas arrivé à faire renoncer ses néophytes à cette phrase, il ne peut obtenir la confiance nécessaire à l’infaillible autorité de Dieu et de son église.

152

Autrefois, pour savoir d’où viendraient leurs ennemis, ils attrapaient certaine espèce de sauterelle, nommée hupithui, et la saisissant par la tête, ils lui posaient la question. Et comme il est naturel que la bestiole dans cette situation étende et agite ses pattes, ils tenaient pour réponse certaine et crédible que les Apaches arriveraient depuis la direction qu’indiquait ladite sauterelle avec la première patte qu’elle étirait. Et c’est là, d’après ce que j’ai entendu dire, un augure encore très observé chez les Apaches.

160

Aux nouveaux-nés des deux sexes, ils font une bien douloureuse circoncision en les piquant, avec certaines épines, juste au-dessus des paupières, perçant ainsi une ligne courbe de points, qui fait le tour de l’œil jusque par en dessous, et quand ce dessin est tracé, ils enduisent les plaies d’une teinte noire, faite de je ne sais quoi, mais à mon avis il doit s’agir de charbon pulvérisé. Les Pimas tiennent ces teintures pour de précieux embellissements et ne veulent point y renoncer, malgré toutes les tentatives des missionnaires d’éradiquer chez leurs enfants spirituels une coutume aussi barbare. Et ils n’en restent pas là, car à mesure qu’ils grandissent, garçons et filles doivent encore souffrir d’autres tatouages en divers endroits de leurs misérables corps, et j’ai vu une vieille femme, dans le haut pays Pima, dont le corps était couvert, de la taille à la gorge, d’un labyrinthe de dessins semblables, formant comme une infinité de chapelets.

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Paragraphes 144, 152 & 160 du Rudo ensayo : descripción geográfica, natural y curiosa de la provincia de Sonora, de Juan Nentuig, S.I. (1764), traduits de l’espagnol par Philippe Billé d’après l’édition de México : SEP-INAH, 1977.